Solo Arts Martiaux

Vitry-Sur-Seine (Val-de-Marne) • 25 - 28 janvier 2023
Solo Arts Martiaux

Dès le plus jeune âge, Yan Allegret est passionné par les techniques du combat au Japon.
Riche d’une dizaine de voyages au Pays du Soleil Levant, il a développé tout au long de sa vie, un cycle de travail mêlant les arts de combat et les arts de la scène.
De son apprentissage de l’Aïkido en passant par sa découverte des entrainements matinaux de sumo dans le quartier de Ryogoku jusqu’à son
entrainement improbable avec un maître de Jiu-Jitsu traditionnel sur le parking d’une université de Kyoto, Yan Allegret se fait le conteur de sa propre vie.
Sur un mode proche de la discussion, sans texte pré-écrit et seulement accompagné d’un sabre de bois, le « bokken », il offre un solo très intime qui est, en réalité, une véritable déclaration à l’art, qu’il soit martial ou théâtral.
C’est la première fois que Yan Allegret présente un spectacle en tant que co-directeur du NGAT.

Notes de travail

• Lorsque le public entre, un homme est déjà sur scène, un fauteuil non loin
de lui. La lumière est déjà installée, elle ne bougera plus. L’homme
regarde chaque personne qui entre, salue, sourit. Sans quitter des yeux le
public, il tient en équilibre sur un de ses doigts un sabre de bois. Un
boken. Le solo commence ainsi.
• Dans le « Solo Arts Martiaux », il n’y a pas, contrairement à la grande
majorité de mes spectacles, de texte écrit. Un canevas tout au plus. La
parole sera laissée libre, s’adaptera en fonction de chaque soir, laissant
une grande part à l’improvisation.
• Il s’agit de raconter, de narrer une histoire, dans laquelle le théâtre et
les arts de combat se mêlent, se découvrent, entrent en résonance et
éclairent la vie d’un homme. Une histoire qui ressemble beaucoup à la
mienne. C’est à la fois une forme de témoignage, mais aussi une forme
théâtrale dans laquelle l’homme peut être plusieurs. Il suffit pour cela
de se souvenir de la position du conteur qui peut tout faire exister, en
prenant appui sur la scène vide.
• J’ai plutôt eu tendance à écrire très précisément mes spectacles.
Aujourd’hui, face à ce récit qui s’appuie en partie sur ma propre
histoire, nous avons estimé que nous devions réduire la théâtralité à son
expression la plus fine. Nous jouons de l’effet de réel pour emmener la
représentation très proche, presque transparente.
• Le rapport au public est fondateur, car il s’agit de témoigner, de
transmettre, de dialoguer. C’est pourquoi nous privilégions un rapport
direct, simple, un tutoiement initial, de manière à permettre une
proximité entre l’homme et le public. Des dialogues peuvent naître. Des
incursions brèves dans le public. Des apartés. Voire des participations.

• Jouer avec les distances. L’homme sur scène s’émancipe à certains moments du lien direct avec le public, et deviendra alors le paysage qu’il
raconte. Le plateau vide sera le support de jeu. On représente alors. Le
bokken peut alors devenir un enfant, le vide peut se peupler de présences
et l’homme endosser n’importe quel rôle de son récit. A partir de rien,
donner naissance à tout.
• Ce projet se joue à la lisière du théâtre. Dans sa construction, dans son
propos, dans l’action de raconter une aventure artistique et martiale,
c’est une sorte de pas de côté. C’est pourquoi nous n’utiliserons que très
peu d’effets lumière ou son. Le bokken et le fauteuil sont les seuls
éléments de la scénographie que nous avons voulu épurée, tout en offrant
des supports de jeu concrets.
• Il est bien sûr beaucoup question du Japon dans ce travail, et de mon
rapport avec ce pays depuis 20 ans. Je vois, à travers ce projet, une
occasion de transmettre un peu de toute la richesse que cette culture m’a
offert, et qui, tant dans le théâtre que les arts de combat, ouvre des
perspectives passionnantes pour la pensée et le corps occidentaux.
• Aujourd’hui, alors que la création approche, j’envisage ce travail comme
une déclaration d’amour à l’art, qu’il soit martial ou théâtral. L’immense
exigence intérieure qu’ils demandent. Leur infini. Et l’énigme qu’ils
contiennent tous deux.

Yan Allegret / Printemps 2022

GENÈSE

A l’origine de ce projet, il y a une conversation autour d’un café, un dimanche, entre mon ami acteur Stéphane Facco et moi-même. Nous travaillons dans le théâtre tous les deux, nous nous connaissons bien et portons attention au trajet de l’autre depuis plus de vingt ans.
Stéphane Facco connaît mon attrait pour les arts de combat et plus
particulièrement les arts martiaux. Il a suivi de loin, tout en pratiquant son
propre métier d’acteur en France, mes voyages successifs au Japon, mes créations avec des boxeurs, des combattants de MMA, des maîtres de sabre. Je lui ai déjà parlé de cette part de mon part de mon travail. Pour autant, ce sont des univers qu’il ne connaît que peu.
Aussi, ce jour-là, je décide de lui raconter l’ensemble de cette aventure.
Comment, finalement, mon amour des arts martiaux et du théâtre se rejoignent et trouvent leur source jusque dans mon enfance. Je lui décris les intuitions qui me traversèrent et m’amenèrent à partir au Japon en 2006. Et comment, à partir de ce premier voyage, dix autres s’étalèrent pendant les 8 années suivantes.
Sous son regard amical, je lui décris les jalons de ma recherche. La découverte de l’Aïkido, celle du plateau. Je lui évoque les rings, les cages et les scènes que j’ai côtoyé en France, en Europe mais surtout au Japon. Je lui parle des rencontres extraordinaires que j’y ai faites : mes découvertes des entrainements matinaux de sumo dans le quartier de Ryogoku. Mon entrainement improbable avec un maître de Jiu-Jitsu traditionnel sur le parking d’une université de Kyoto. Les galas de MMA de la Saitama Super Arema et ses 87 000 spectateurs... ainsi que les nombreux combats pour lesquels j’ai aidé mes amis combattants professionnels français en tenant la serviette, le chronomètre et la bouteille d’eau au bas du ring.

Alors que mon récit avance, mon ami ne me quitte plus des yeux. Je sens alors que je l’emmène avec moi. Je deviens comme un conteur d’une histoire. La mienne.
J’insère de l’humour, du suspens. Je tiens mon ami en haleine, le fait rire. Je
lui fait découvrir des aspects de la culture japonaise qui lui sont inconnus :
le Jo-ha-kyu. La disparition du Jitsu au profit du Do. L’imbrication entre arts
du combat et religion bouddhiste ou shinto. Le rapport à la pratique de l’art
dans le Bushido...
Mais surtout, je relis tout cela à ma propre histoire. Je lui parle de mon amour du théâtre, de mon amour des arts de combat et de comment ma vie s’est ancrée dans cet appel que j’ai senti il y a longtemps et auquel j’ai répondu.
Je convoque des figures importantes qui ont jaloné mon chemin : Morihei Ueshiba, Bruce Lee, Jigoro Kano, Miyamoto Musashi, Asashoryu, Wanderlei Silva, Mike Tyson, mais aussi Euripide, Antoine Vitez, Claude Regy, Zeami, Akira Kurosawa et Ryokan.
J’évoque enfin la dimension spirituelle de ces deux mondes. Sans doute le fil le plus profond qui m’unit à ces deux pratiques. Je reviens aux sources. A cette phrase de Morihei Ueshiba « l’Aïkido est la manifestation de l’amour », et comment, peu à peu, le dojo comme le théâtre se sont affirmés en moi comme des espaces sacrés, porteurs d’un mystère qui me porte depuis plus de vingt-cinq ans.

Après une heure, le silence revient. Mon ami me regarde avec un immense sourire. Le récit l’a transporté. il a entraperçu des mondes qu’il ne connaissait pas et il m’a découvert autrement, dans un endroit de parole différent, à la fois direct, simple, sans aucun paravent de fiction. Il me regarde. Il dit : « Il faut faire un spectacle ». Nous nous regardons et sourions en silence. Une brèche vient tout juste de s’ouvrir.
Le travail commence.

Mots-clés :
théâtre contemporain seul en scène arts de combat arts de la scène création

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