Les 4 côtés du miroir

Rouen • 31 juillet - 22 août 2023
Les 4 côtés du miroir

Crédits : ©Florian Dacheux

Résidence de création dans les hauts de Rouen et sur le quartier Grammont, aux pieds des immeubles sur notre remorque-scène "La route des hauts".
Ecriture in situ à travers des débats, collectages, rencontres avec les habitant.e.s.
Puis travail avec un groupe de jeunes sur l'écriture et la mise en scène d'un chœur. Le spectacle "Les 4 côtés du miroir" dont le texte a été écrit (sauf le chœur) à partir de témoins : appelés, harkis, algériens, pieds-noirs, a été mis en scène avec le service jeunesse de la ville de Rouen et un groupe de jeunes en février 2023.

Cette année nous avons pu travailler avec le service jeunesse de la ville de Rouen sur les mémoires de la guerre d’Algérie. Cela a beaucoup résonné en nous. La présentation en février 2023 était très forte et les échanges avec les témoins, les familles, les jeunes nous ont donné envie de poursuivre la fouille de cette matière.

Reportage de France 3 : https://www.youtube.com/watch?v=TEkjenshpKk

A la question, « Quand avez-vous parlé de la guerre d’Algérie au collège », une jeune fille répondait : « En 3ème, en cours d’histoire, rapidement en deux heures à la fin de l’année ». Cette histoire proche et complexe nous a donné envie de continuer ce devoir de mémoire auprès des collégien.ne.s et des lycéen.ne.s et de proposer un parcours dans le cadre du dispositif CRED et sur la plateforme ADAGE.

Pour cela, il nous faut poursuivre l’écriture du texte Les 4 côtés du miroir en y ajoutant un chœur qui traitera d’autres sujets : comme la place des femmes dans la guerre d’Algérie en nous appuyant par exemple sur la BD Algériennes 1954-1962 de Meralli et Deloupy).

Notre démarche de création est in situ et participative et nous souhaitons que ce chœur s’écrive et se construise à la fois dans des temps de rencontres et d’écriture au plateau avec un groupe de jeunes.

Nous nous plaisons à travailler depuis plusieurs années sur les quartiers Grammont et des Hauts de Rouen et nous souhaitons construire une résidence qui mêle à la fois espace public avec notre remorque-scène au pied des immeubles sur les deux quartiers et lors de temps de pratique et de création avec un groupe de jeunes élargi.e.s et incluant la rive gauche de Rouen.

Note artistique :
Les quatre côtés du miroir est un spectacle de théâtre qui lie témoignages et performance. Un texte issu d’un collectage des différentes personnes et différents côtés. Ces personnes sont venues déposer leurs blessures, des histoires intimes, familiales, jamais racontées. Comment partager des choses aussi profondes sans trahir ? Comment raconter scéniquement cette histoire qui reste encore sensible dans les mémoires collectives ?
Nous n’avons pas recueilli des histoires d’un côté, mais de toutes les fractions qui ont composé cette guerre. Et parler de toutes ces différentes fractions, c’est traiter chaque pièce du puzzle comme étant unique et particulière.
Je viens donc à travers cette écriture scénique partager les visions multiples et uniques de la guerre. Je viens aussi montrer que les morts n’ont pas camp, ni de couleur, la peur non plus.
A travers la recherche musicale que me propose Sylvain et les paroles des témoins, je viens faire entendre des mots de la guerre.
Sur le plateau les comédiennes sont dirigées pour trouver la justesse des mots sans surjouer,chaque texte est traité comme une partition musicale où la note de trop dénature le propos. Il y a des corps qui sont en mouvement permanent, comme les flots des vagues, tout se transforme, donne lieu à la transformation de l’espace.
Il y a une montagne de livres sur le plateau. Dans les livres, les comédiennes cherchent éperdument cette version de l’histoire qu’elles sont en train de nous raconter. Certaines écrivent dans les livres comme le chaînon manquant.
Chaque témoignage est devenu une poésie à chuchoter, à chanter au micro.
Les corps et les écrits essaient de nous faire vivre une guerre qui ne sera jamais la guerre. Car les mots de la guerre ne sont jamais la guerre et ne le seront jamais.
Chant, danse, musique, expression corporelle, le spectacle se veut un seul mouvement qui traverse le plateau.
Il y a à entendre et à réfléchir sans être un théâtre documentaire.

Faire théâtre avec la charge historique du propos, c’est trouver la place de l'historien qui cherche à comprendre et à expliquer sans pour autant prendre parti, combien même les choses sont difficiles. Il ne s'agit pas non plus de simplement raconter, mais de faire théâtre.

Note de création musicale :
Pour cette création autour de la guerre d'Algérie, j'ai souhaité mettre en place un nouveau processus : l'utilisation de l'Ipad qui me permet de faire le lien entre le studio et le live. En effet grâce à des outils relativement récents, je peux triturer/modifier le son comme si j'étais dans mon studio tout en gardant la possibilité de jouer des instruments en live et notamment une gestuelle particulière liée au coté tactile de l'Ipad.
Au delà de ces aspects techniques qui ne sont pas une fin en soi mais juste des outils pour nourrir la créativité, j'ai fait un travail de recherche de musiques traditionnelles algériennes. J'ai puisé dans le catalogue du label Ocora de Radio France et dans d'autres enregistrements quasi ethno-musicologiques. L'idée est de mettre le public dans un bain sonore propre à l'Algérie, ses musiques traditionnelles jouées notamment au bendir (percussion), aux flutes et à la voix bien sûr (solo et chœur).
La bande son est donc jalonnée de ces musiques algériennes auxquelles j'ai ajouté d'autres éléments : synthétiseurs, percussions, divers samples, etc...
Il y a aussi une part importante qui est donnée aux témoignages, dont je prends en charge la diffusion. Pour moi, ils font partis à part entière de la création musicale car il est ici, avant tout, question de porter des paroles et une histoire.

Le texte va continuer d'être traduit en arabe au cours de la résidence. Il est important pour nous, de mêler français et arabe lorsque nous parlons de la guerre d'Algérie. Une comédienne est arabophone et portera le texte en arabe.

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