AGÂR
Compagnie MELAMPO / Eleonora Ribis
Crédits : pvc
"Durant ces dernières années, j'ai choisi de formuler ma pratique de l'art du théâtre dans les marges, c'est-à-dire d'abord dans des collèges de banlieue parisienne avec des élèves réputés difficiles, puis des centres sociaux, des prisons, des institutions spécialisées pour handicapés et personnes du 4ème âge...
Pendant presque 10 ans, j'ai peu documenté ce travail, puisque l'enjeu était avant tout de faire, sans relâche et sans calendrier, ni plan de carrière. Faire avec la foi du charbonnier, faire sans limites formelles, ni demande d’autorisation préalable. Le plaisir de jouer ? Le plaisir du texte ? Le plaisir du plaisir, avant tout.
Les personnes avec qui j’ai fabriqué sans relâche se trouvaient, pour différentes raisons, en dehors du monde de la culture (ce drôle de Leviathan vorace et souvent uniformol-momifiant), je les emmenais avec moi avec pour rêve de faire de l'art ensemble, mais un art de contrebandier, c'est-à-dire avec trois fois rien sinon une urgence, une ardeur et un non-respect des lois en vigueur (en vérité, une méconnaissance de la loi, mais « nul n’est censé ignorer la loi » dit un adage juridique).
Ce choix était celui d'une liberté totale dans le geste, une anarchie, au risque de la chute, au risque de l'incompréhension et de la perplexité, au risque aussi de l'invisibilité et, parfois même, du mépris. Ce choix c’était celui de la grâce au risque de la maladresse. C’était « l’acte est vierge, même répété » poussé à son extrême. Ce choix refusait la technique. Il avait tort. La technique est tout. Aujourd’hui, je veux la réinterroger, sans peur de l’académisme.
Ce choix, maintenant que j'y pense, c'était surtout une manière pour moi de reformuler avec des compagnons de route la première image : celle de cet enfant montant pour la première fois sur scène à 8 ans et se répétant, avec calme : "la voici, ma maison".
Car à 8 ans, trop turbulent, je suis forcé à faire l’âne hi han hi han sur une petite scène.
Hi han, hi han, je braie encore.
…Et si le Théâtre ne sauvera peut-être pas le monde, je sais qu'il me sauve moi. Et tant d'autres. Tant d'autres. C'est pour ces tant d'autres, et pour tous les autres que je veux faire ce spectacle. Ma maison est votre maison. Aujourd'hui, je remonte à la source et peut-être même au-delà.
Aujourd'hui, je me sens habité par l'art du Théâtre avec l'envie de questionner les désirs, les virtuosités, les techniques avec ceux qui m'ont accompagné sur le chemin (Abdel, et Guy, d’anciens sans-abris avec qui je travaille depuis près de 8 ans) comme ceux que j'ai pu croiser en route (Leïla, avec qui j'ai eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises pour d'autres compagnies), des visages anciens du métier à la notoriété plus ou moins importante, et qu'ils livrent à moi, môme éternel, leur Théâtre, que je regarde cela avec émerveillement, que cet émerveillement serve de base à un "hommage". ...Ou un "sepukku".
Sur scène, je veux mes « maîtres ignorants », des « spectateurs émancipés » (d’après Jacques Rancière) et mes « purs visages de notre métier » (Jean Vilar), des hommes et des artistes (« Tout homme est un artiste » Joseph Beuys). Je veux faire ce spectacle pour eux et avec eux, dans la joie de faire et dans une liberté formelle totale, dans un esprit populaire d'amour et de mort permanents, puisque notre art est, par nature, celui de l'éphémère."
Compagnie MELAMPO / Eleonora Ribis
Spectacle de marionnettes en plein air à Romainville, 30 mai, 8€.
Sortie coorganisée par Île-de-France Nature
Sortie coorganisée par Île-de-France Nature
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