Rencontre avec la réalisatrice Laurence Petit-Jouvet de La Ligne de couleurs

Romainville (Seine-Saint-Denis) • Jeudi 15 octobre 2015, 20h30
Rencontre avec la réalisatrice Laurence Petit-Jouvet  de La Ligne de couleurs

Rencontre avec la réalisatrice Laurence Petit-Jouvet

Après des études universitaires à Paris, Los angeles puis New York Laurence Petit-Jouvet a effectué ses premières expériences à la télévision à New York, puis en radio à Europe 1 Paris. Depuis 1989, elle travaille essentiellement sur des documentaires de création qu'elle écrit et réalise ; depuis peu produit et distribue. Dans ses films, on peut lire voyages, migrations culturelles, marges artistiques, identités singulières, exils intérieurs, altérité. Avant La Ligne de couleur, elle avait réalisé le très beau Correspondances.

La Ligne de couleur

Réalisé par Laurence Petit-Jouvet
France | 2014 | Documentaire | 01h19
Avec Jean-Michel Petit-Charles, Yumi Fujimori, Malika Mansouri, Mehdi Bigaderne, Yaya Moore

Vivre en France lorsqu'on est perçu comme arabe, noir ou asiatique. Des hommes et des femmes, français de culture française, parlent chacun dans une "lettre filmée" de leur expérience singulière, intime et sociale, d'être regardés comme non-blancs et d'avoir à penser à leur "couleur".

Cinéaste engagée, Laurence Petit-Jouvet aborde, à travers onze personnes lisant une lettre qu’ils ont écrite, le racisme au quotidien. On lui saura gré de nous éviter les généralités et les commentaires intrusifs pour laisser la parole à ces blessés perpétuels, souvent marqués par l’insulte et le regard des autres. Par ce dispositif et le choix des intervenants, la réalisatrice inverse tous les clichés, aussi bien celui de la victime que du rebelle ou du délinquant. Ce qui s’affirme de manière répétée, c’est la conquête d’une fierté, l’entêtement face aux difficultés. Ils sont beaux, ces personnages qui racontent la honte des cheveux crépus ou l’arrivée dans une école de blancs riches. Si les blessures sont multiples, du contrôle au faciès à la difficulté d’imaginer un maghrébin adjoint au maire, une noire réalisatrice, elles sont toujours un point de départ pour dire sa dignité. Face au discours politique ambiant qui s’acharne sur des appels à l’assimilation culturelle, Yumi joue du Racine, Yaya parle de Dostoïevski à la radio, Malika a soutenu une thèse de psychologie. En laissant la parole à des personnalités fortes, en les accompagnant d’une mise en scène soignée qui s’accorde à chacun, Laurence Petit-Jouvet trouve le ton juste pour dénoncer sans grandiloquence l’intolérable stigmatisation de tous les jours.

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