Dimanche Eperdument

Romainville (Seine-Saint-Denis) • Jeudi 18 novembre 2021, 19h00
Dimanche Eperdument

Crédits : Laurent Philippe

Dimanche éperdument est la troisième « rotation » d’une forme intimiste, généreuse et éclatée, initiée en 2015 avec lundijeudi, ensuite avec samedicarrément en 2018. Alors arrive dimanche en 2020.

Ce triptyque interroge de trois manières contrastées, notre errance existentielle, notre monde contemporain et la place qu’y occupe la danse (tant dans l’Histoire que dans l’intimité de l’auteur). De l’apprentissage lointain au monde présent et dépassé où l’homme dansant semble avoir perdu sa place, ces trois volets sont tous imprégnés, voire secoués, par le sourd chaos d’une société avançant vers sa zone de rupture…

C’est une fresque existentielle aux angles de vue multiples, mais sensible à l’espoir. Et si le projet flirte avec diverses formes et registres du spectacle vivant c’est dans un désir d’ouverture, de croisement et d’hybridation qui est devenu essentiel à ma recherche.
J’y questionne aussi la malléabilité des vocabulaires, la versatilité des corps, et la multiplicité des strates que le temps offre à saisir sur la durée, enfouissement et résurgences, qu’est ce qui fait histoire ou souvenir, atavisme ou culture ?... Le petit volcan du domaine chorégraphique.

Dimanche éperdument n’est pas un projet autobiographique comme l’ont pu être les deux épisodes précédents. S’il se situe à l’endroit du 3ème épisode du triptyque initié en 2014 il dévie, il dévisse, s’ouvre et s’élargie. C’est un trio maintenant et l’équipage s’enrichie d’Harris Gkekas au plateau et de Carlotta Sagna en regard extérieur.

Le « je » s’efface pour le nous, et se fond dans le tout : lundijeudi (l’un dit je dis) s’écrivait au singulier, samedicarrément le dédoublait en amitié musicale avec Adam Vidovic, dimanche éperdument s’annonce alors étranger, détaché du temps et des expériences personnelles pour s’avancer vers un ailleurs voire un au-delà et observer notre humaine (é)perdition.

dimanche éperdument c’est déjà après, dislocation finale, désagrégation fractale vers l’infini noir mais c’est aussi l’écrin de multiples hommages cachés à la danse et aux danses, sorte de kaléidoscope ou rubik’s cube chorégraphique.

PITCH :

Une source d’images perturbe d’alluvions chorégraphiques hétérogènes (lointains souvenirs d’un monde où l’on dansait…) un monde calciné, trou noir…Deux hommes qui n’attendent même plus Godot brassent ce tas de noirs dans l’espoir d’y dénicher un théorème pour une fuite joyeuse, jeu de piste, rébus serti d’énigmes.
…En danses et en chansons…
Un monstre/muse chargé de temps apparaît et secoue le tout, sourd remue-ménage de reliefs de danse et d’engagement vital atavique, fantôme de danse… Incarnation du chorégraphique contaminant doucement ce noir et les deux hommes… qui tentent de construire… Un véhicule survivaliste, pour s’enfuir…

L’espace hanté qu’ils occupent fait lien avec un autre monde : dansant. Espace/temps parallèle où le souvenir des pionniers de la danse contemporaine rencontrent le twist, le swing ou le Boggie Woogie et d’autres sources encore plus lointaines… Ils vont aussi régurgiter une ère lointaine à coup de standards de jazz, et interroger en creux ce qu’il reste d’un XXème siècle défunt et défait, d’un XXIème mort-né.

Puis la couleur fuse et un grossier ballet prend place, rebrûle le calciné pour en extraire un joyaux absurde et ardent, ivre de vie. C’est un « western », sur Mars peut-être, où se colorise l’univers noir précédemment en jeu et où s’électrise un trio burlesque où la danse se dispute la maitrise d’ouvrage avec des influences virales qui attaquent ses intentions premières. Rocambolesque épopée, dernier rictus, paradis effrayant

Entre l’évocation historique, catastrophique et humoristique d’une ère révolue, cramée, et cette infime et immense parenthèse de l'après (mais après quoi ? Après tout ? Après eux, d’après eux ?) ou la simple parenthèse hors temps du spectacle...

Que reste-t-il ? Pourquoi eux ? En reste... Sont-ils d’ailleurs toujours de ce monde ?

De quoi développer une réflexion surréaliste et cocasse, une situation existentielle humoristique et activer le concept que la danse demeure une source vitale, que les vagues successives du temps sédimentent dans une pluralité généreuse et universelle, nécessaire à tous et toutes.

Mots-clés :
Dimanche apocalypse danse musique clown jazz humour récit jeu imaginaire

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