AGÂR
Compagnie MELAMPO / Eleonora Ribis
Mia Madre
Avant-première
Réalisé par Nanni Moretti
France | 2015 | Drame | 01h47 | Sélection officielle Cannes 2015
Avec Nanni Moretti, Margherita Buy, John Turturro, Pietro Ragusa, Giulia Lazzarini
Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé.
Mia Madre revient aux sources : le personnage principal ressemble à Moretti comme deux gouttes d'eau. Il est cinéaste, il rouspète et s'inquiète, en proie au doute, fragilisé par la mort annoncée de sa mère, naguère enseignante de latin très estimée. Fait marquant : ce n'est plus Moretti qui interprète ce personnage obsessionnel et irascible, mais un alter-ego au féminin. Ce qui est savoureux, c'est de voir l'auteur atrabilaire se donner le beau rôle : celui du frère discret, un brin mélancolique, mais dévoué, posé, rassurant, irréprochable presque.
On retrouve ici condensés des thèmes chers à Moretti : les épreuves de la vie face au travail, la difficile harmonie entre son désir individuel et le collectif, l'engagement et le désengagement. Il y a des moments irrésistibles dans Mia Madre, comme cette scène de tournage maintes fois recommencée, de Turturro filmé au volant d'une voiture. Ou cette autre, où il est incapable de dire deux répliques simples comme bonjour. Mais ce qu'on préfère encore, ce sont ces moments de grâce où la caméra circule comme en rêve, dans les couloirs, l'appartement de la mère, arpenté, caressé comme un lieu riche de mémoire, rempli de livres, d'objets personnels chargés d'histoire. Des rêves ou des divagations, il y en a d'ailleurs, dont un magnifique, sur une ballade mythique de Leonard Cohen (Famous Blue Raincoat), où Margherita longe lentement une file de spectateurs qui semble infinie, devant un cinéma.
Moretti a bien fait de ne pas être au premier plan. En misant sur le face à face entre Marguerita Buy (toujours juste) et Guilia Lazzarini (une grande dame du théâtre italien), il parvient à témoigner de choses très personnelles, avec le souci constant de les recouvrir d'universalité. Tout ce qui touche aux premiers signes du déclin, au séjour à l'hôpital, aux souvenirs et à l'oubli, est traité de manière à la fois simple et sensible. Sans faux pas. Notre coup de cœur cannois !
Compagnie MELAMPO / Eleonora Ribis
Spectacle de marionnettes en plein air à Romainville, 30 mai, 8€.
Sortie coorganisée par Île-de-France Nature
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