Cycle de conférences ENSAB 2022/2023

Rennes (Ille-et-Vilaine) • Jeudi 2 mars 2023, 18h30
Cycle de conférences ENSAB 2022/2023

Crédits : shinslab architecture Temp’L Photographe Yoon Jiwon

CONFÉRENCE DE TCHELY SHIN

Jeudi 2 mars 2023 - 18h30 - ENSAB
Architecte - shinslab architecture - Versailles (78)

BIOGRAPHIE

Né à Séoul, Corée du sud, vit en France depuis
1980 / Diplômé à l’Ecole Nationale Supérieure
d’Architecture de Versailles (D.P.L.G) en 1999
Fondateur de shinslab architecture (Versailles/
Seoul) / Maître de conférences titulaire à
l’ENSA de Grenoble / Chercheur au laboratoire
Méthodes et Histoire de l’Architecture (MHA) à
UGA/ENSAG.

PRÉSENTATION

On dit qu’il y a autant de processus de conception que
d’architectes. Sans doute pourrait-on même dire, qu’il
y a autant de méthodes différentes pour chaque projet.
Néanmoins, a postériori, à l’occasion d’un bilan, d’une
rétrospection, on peut se fabriquer des lignes continues,
des logiques poursuivies, des histoires à raconter. Dans
cet exercice, on pourrait croire qu’il est possible d’être
à la fois enseignant et praticien en même temps, être à
la fois dans la théorie et la pratique, tout en maitrisant
les outils contemporains de la conception, les procédés
structurels et de mise en œuvre des matériaux, d’être à la
fois rationnel et sensible, fonctionnel et artistique.
A travers l’exposé d’un parcours singulier d’une vingtaine
d’années, cette conférence tente de montrer une façon
particulière de pratiquer l’architecture. En 4 étapes qui
va de l’échelle du corps humain au paysage, à travers de
nombreux voyages en terre inconnue, ce sera le témoignage
d’une pratique architecturale nomade et atypique.

2000-2009, voyage dans le milieu de la mode et des arts
plastiques
A la fin de mes études d’architecture, l’opportunité de
travailler dans l’entreprise informelle et familiale s’est
présentée, mes parents étant artiste-peintre et ma sœur
styliste de mode. Le sujet de collaboration était le corps
humain et l’enveloppe qu’est le vêtement, devenait la
première spatialité habitable. Ce corps était un premier
site, une topographie à analyser, à étudier avec une grande
complexité de formes ; les questions d’aisances, de
confort, d’habitabilité demandaient des outils différents
plus souples, plus précis, plus immédiats. Au-delà du
patronage qui simplifie les formes et facilite la fabrication,
nous avons introduit des techniques de moulages et de
modélisation 3D rendant possible une nouvelle approche
de la conception.
Chaque prototype était « dessiné », de l’intérieur et
de l’extérieur de manière tactile. La photo et la vidéo
permettaient de visualiser le vêtement comme de
véritables espaces habités dont les surfaces devaient
couvrir une poitrine, épouser une hanche, demandant des
ouvertures aux fonctionnalités diverses comme laisser
passer des bras ou un cou, cacher, montrer…
Cette association expérimentale nous a permis de
remporter plusieurs concours. Nous avons participé à de
nombreux défilés à Paris, Porto, Barcelone, Bilbao, Pékin,
Séoul, qui nous ont donné une relative notoriété dans ce
milieu et nous ont ouvert les portes de galeries d’art, de
musées privés et nationaux, de résidences d’artistes.
En ouvrant nos disciplines, nous avons eu l’occasion de
rencontrer, de partager et travailler avec des chorégraphes,
des danseurs, des musiciens, des photographes, des
cinéastes, des peintres et des sculpteurs.
Parallèlement à cette période, j’ai été rappelé à mon école
d’architecture d’origine pour enseigner entre le projet, la
représentation et les arts plastiques.

2008-2014, premier projet d’architecture
En 2008, l’opportunité d’un premier projet d’architecture
s’est présentée. Il s’agissait d’un projet de lieu de culte
protestant qui était le sujet de mon projet de fin d’études.
Un pasteur coréen ayant reçu en donation plus de 2000m
linéaire de cèdre rouge de Sibérie cherchait à construire un
temple. Les premières études orientaient l’utilisation des
troncs d’arbres en conservant leurs formes cylindriques
et en rétablissant au bois coupé leur position verticale
d’arbres (sorte de résurrection du bois en forêt d’arbres)
et proposaient pour le lieu de culte une forme circulaire
comme déjà évoqué par Jean Calvin le réformateur.
Avec peu de moyen humain mais à l’aide des outils
informatiques développés pour la modélisation de formes
complexes, le défi était de concevoir avec ce matériau
imposé, un dôme de structure mixte bois-métal de 20m
de portée. (Carnet de détails de 1000 pages). La structure
a été validée par le célèbre bureau d’études structure
Bollinger et Grohmann.
Le projet a été largement publié, invité au World
Architecture Festival (WAF Singapour), sélectionné au
World Architecture News (WAN) Awards à Londres et
présenté sur CNN comme « lieux de prière à visiter ».
Ce projet fut l’occasion de la constitution d’une agence
d’architecture en Corée et en France que nous avons
appelée shinslab architecture.
2016, un tournant vers le surcyclage
Invité à concourir pour le YAP (Young Architect Program)
institué par le MoMA de New-York (PS1) en 2016, shinslab
a remporté le concours et présenté un pavillon temporaire
construit en fragments de coques métalliques de bateaux
démantelés. Il s’agissait de démontrer que ce matériau
dont les formes de surfaces courbes, plus riches que celles
utilisées en architecture, plus solides, plus étanches,
pouvait être utilisé comme structure, mur et toiture au lieu
d’être détruit et recyclé pour produire du métal de basse
qualité et ce, sans produire autant de carbone. L’activité de
démantèlement de grands navires est une grande source
de pollution des mers car effectuée de manière déplorable,
dans des zones sans contrôle à même la plage et faisant
travailler de nombreux enfants dans des conditions de
travail épouvantable.
Nous avons alors mis en place un réseau de partenaires
au niveau international, sélectionnés selon le protocole de
Hong-Kong qui met en place un recyclage vert des navires.
Nous avons construit selon ce procédé une autre église
avec des coques de bateau sur une île de l’aéroport de
Incheon (Seoul) que nous venons de livrer.
2018-2021, projets birmans à l’échelle du paysage
Depuis 2018, shinslab travaille pour une ONG protestante
qui agit en Birmanie pour aider les minorités chrétiennes
persécutées dans le nord du Pays. Le projet le plus
important a été de travailler sur un campus universitaire
dans la capitale qu’est NayiPyiTaw.
L’une des orientations était de voir le campus comme
à l’origine des premières universités que furent les
monastères et les abbayes, un lieu autonome et autarcique
permettant une « vie protégée » de l’hostilité politique
extérieure. De même, comme à l’origine des universités de
Cambridge au 16ème siècle, de Harvard au 17ème siècle,
nous voulions imaginer le campus comme un générateur
urbain.
En prenant en considération, le climat particulier tropical
de savane, la végétation et les ressources de matériaux
et de savoir-faire locaux, nous avons proposé un projet
en coupe superposant les logements étudiants au-dessus des espaces pédagogiques afin de réduire les
infrastructures et les déplacements ; utiliser la gestion
climatique (températures et hydrométrie) et préserver
comme réserve de développement, un maximum de zones
agricoles tout autour du campus pour se fondre dans le
paysage et garantir l’autarcie énergétique et alimentaire.
Malheureusement, le coup d’état militaire de 2021 qui était
latent même pendant la fenêtre de démocratie pilotée par
Aung San Su Kyi a mis un terme à tous nos projets là-bas.
Aucun architecte ne peut savoir de manière certaine sur
quels projets il va travailler demain. Au-delà des projets
présentés ici, nous avons travaillé sur de nombreux
projets qui n’ont pas abouti à une construction ; nous nous
sommes parfois arrêtés à l’étape des esquisses, à la phase
d’APS ou APD.
Mais nous avons toujours tenté de saisir toutes les
opportunités qui se sont présentées. Cela demande d’être
toujours à l’affût des possibilités, être souples et ouverts.
Ne pas se sédentariser sur des acquis, refuser toute
répétition d’une recette ou toute forme d’enracinement
doctrinal.
C’est comme ça que j’ai tenté de développer ma pratique,
sans forcément l’avoir planifié, toujours étant nomade,
sans frontière et libre.
Dans un monde ouvert comme aujourd’hui, nous ne
sommes pas condamnés à tel ou tel territoire.
Mais forts d’une identité propre et nos connaissances
d’architecte, nous pouvons tenter l’aventure où qu’elle soit,
cela permet un enrichissement personnel et de travailler
sur des projets intéressants et toujours nouveaux.

Retrouvez toutes nos conférences sur https://vimeo.com/ensab

Mots-clés :
ENSAB ARCHITECTURE PAYSAGE SHINSLAB RENNES ECOLE

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