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Lene est une petite fille qui n’a qu’une obsession : descendre à la cave et l’explorer, malgré ses craintes, avec la lampe de poche que son frère lui a interdit de prendre. Un jour, sa mère lui annonce qu’elle doit aller faire des courses, et son frère est également sorti. L’occasion rêvée pour Lene : elle va enfin pouvoir aller tranquillement à la cave avec la lampe de son frère. Malgré tous les risques pris pour cela, elle n’y parviendra pas : à peine a-t-elle réussi à attraper la lampe de poche, qu’elle entend son frère rentrer. Il veut montrer la lampe dont il est si fier à son ami. La tension monte, Lene se cache sous le lit la lampe à la main, son frère angoisse de ne plus trouver sa lampe... et Lene pense à tout ce qu’elle a encore raté, tout ce qu’elle n’a pas pu voir à la cave mais qu’elle continue d’imaginer...
À partir de cette situation quotidienne, se dégage la thématique des angoisses liées aux expériences que l’enfant est amené à faire autour de la notion de maison. À priori, le texte porte un lexique minimaliste, voire même saturé de répétitions, qui n’appartient ni au conte, ni à la scène, ni à la nouvelle. Le texte relève de la simplicité et de la fraîcheur. L’auteur rend finement théâtral un contenu qui n’en porte pas du tout les marques classiques. Le style de Jon Fosse possède un rythme qui va à l’encontre de tout ce que l’on propose généralement aux jeunes en ce moment. Ce rythme est évidemment en lien avec le contenu. Tandis que la mère sort faire des courses, que le frère et son copain jouent dehors, la petite fille Lene veut absolument partir à la recherche de l’inconnu. Ainsi, le texte est composé de mots très simples qui sont répétés d’innombrables fois, comme pour marquer les allers et retours de Lene, ses peurs et ses désirs de transgression. À travers une situation banale, nous découvrons tout ce qu’un enfant doit apprendre pour grandir.
Narratif à la base, le texte est néanmoins découpé en personnages. Les comédiens ne jouent pas sur le registre de l’identification. De même que ce travail cherche à effacer la scène, l’acteur tend lui-même à s’effacer derrière le texte. À la simplicité manifeste de l’écriture de Jon Fosse, nous répondons par une simplicité extrême dans le jeu des acteurs. Nous supprimons tout effet de mise en scène : entrées et sorties des acteurs, gestuelle, rythme et phrasés censés capter l’auditoire. Les costumes ont aussi pour effet de permettre aux acteurs de se fondre dans la masse du public. Il s’agit de tenir cette histoire comme un fil toujours tendu. Par le regard que les acteurs font parfois peser sur lui, le spectateur se sent parfois pris à parti, impuissant à réagir, et ne pouvant offrir qu’une présence muette et compatissante... comme dans un rêve.
Le style de Jon Fosse possède un rythme, un style qui va à l’encontre de tout ce que l’on propose généralement aux jeunes en ce moment. Ce rythme est évidemment en lien avec le contenu. Il propose une vision du monde inhabituelle pour eux. Autre chose existe que la consommation à outrance, le zapping permanent, l’efficacité, la rentabilité, la frivolité des relations... Cela peut être effrayant pour un enfant de découvrir un tel abîme entre leur désir de repères, de stabilité et un monde qui va trop vite, qui ne s’attache à rien, des relations qui ne durent pas. Est-ce cela qu’on doit apprendre pour grandir ? J’ai envie de dire qu’on peut aussi élever sa vie patiemment, profiter de chaque moment, prendre son temps, construire des relations durables avec le monde qui nous entoure.
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L, S, N, O, P, R, X