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Retour affectif qui fonctionne, Magie blanche Rituel pour Tomber enceinte rapidement, Chance réus...
Crédits : Michel Serre
Du plus loin que je m’en souvienne, aller voir des spectacles de théâtre et aller voir des récitals de chanteurs me procuraient la même sensation : un désir fou brutal et immédiat de partager la scène avec eux. Être à ma place de spectatrice était insupportable, plus ce que je venais de voir sur scène était beau, plus mon émotion artistique me plongeait dans une sorte de tristesse dont je ne savais que faire, ma vraie vie me semblait fade tout à coup, insupportablement fade, et la vie dont je rêvais (comédienne ou chanteuse) me paraissait inaccessible. Je regardais par la fenêtre du grand salon l’affiche de Michel Fugain et le big Bazar, affiche qui a longtemps recouvert un chantier juste en face de l’appartement où j’ai grandi, je connaissais tous les visages de cette affiche dans les moindres détails, voir tous ces artistes aux cheveux longs, aux habits colorés me faisait basculer ailleurs, je rêvais de partir sur les routes et de travailler sans relâche, déjà toute petite je rêvais d’avoir une vie de saltimbanque…(« Saltimbanque » de Maxime Le Forestier fait partie des dix-huit chansons que je chante dans le spectacle). Les émissions de variété était notre rituel familial du samedi soir avec ma sœur et ma grand-mère pendant que mes parents allaient au théâtre voir des spectacle de Vitez , Mnouchkine, Jean Pierre Vincent… Quand ils avaient adoré le spectacle ils nous y emmenaient le lendemain et le revoyaient avec nous. Le lieu qui a cristallisé tout cela a été La Cartoucherie de Vincennes, lieu miraculeux qui a traversé toutes les périodes de ma vie, où j’ai vu enfant et adolescente les plus beaux spectacles du monde, puis où j’ai joué plus tard, et où mes propres enfants ont tellement aimé nous voir travailler pendant qu’ils courraient et jouaient dans l’herbe. Et a aussi été le lieu de notre mariage ! Depuis longtemps j’avais envie de chanter. D’ailleurs dans toutes mes créations les séquences chantées et dansées sont nombreuses, mais jamais « à part », toujours imbriquées dans le texte… (Les Madones, Une histoire de clés, La femme aux sandales d’été). Pour moi chanter au théâtre c’est continuer sa pensée quand on ne trouve pas les mots ou quand on n’a plus forcément conscience de ce que l’on ressent. Comme une boite noire au fond de sa tête. Toutes les chansons que j’aime, qui m’habitent et m’accompagnent sont liées à un souvenir très personnel, à des vêtements particuliers (très important pour moi les vêtements, les coiffures que l’on porte en écoutant une chanson, ces détails-là me restent gravés à jamais et font corps avec la chanson). Ce spectacle s’adresse à une personne que je ne connais pas, qui ne me connait pas, et pourtant comme par magie elle se sent immédiatement de ma famille , sent qu’elle a partagé les mêmes rêves, les mêmes doute, et comme moi a été surprise par la vitesse du temps. Car plus un souvenir est personnel et détaillé, plus le spectateur y superposera son propre film. Tout au long du spectacle, et ceci dès la première seconde, le spectateur calque sa propre page qui se fond avec la mienne, une dimension universelle côtoie des tas de vies minuscules, c’est pour cela que les gens sont touchés en plein cœur. Je l’ai éprouvé en le jouant . J’ai vu combien la simplicité du texte (rien n’est plus difficile que la simplicité) , l’extrême rigueur du travail musical avec Vincent Leterme , la façon dont les arrangements musicaux me portent et mettent en valeur ce projet, la pureté de la mise en scène et l’authenticité de la démarche ont fait de ce spectacle un spectacle euphorisant, généreux, délicat, émouvant, chatoyant. Et gonflé. Le regard du metteur en scène sur nous trois a donné à ce projet une couleur dont je n’avais pas idée en l’écrivant. Olivier m’a poussé dans un registre humoristique qui m’était inconnu encore , je parle de l’invention théâtrale de toute la série de personnages qui ont jalonné ma vie, trouver une gestuelle pour chacun (membres de ma famille), un accent (une chanson de Renaud)… Dès le début du spectacle la convention qui illustre chaque personnage est d’emblée posée, d’où la jubilation de les retrouver au détour d’une situation, les spectateurs sont amusés et contents de reconnaitre chaque personnage juste à l’évocation d’une mimique ou d’un geste. J’ai été confrontée à beaucoup de difficultés technique (passer du texte à la chanson dans la même tonalité en fait partie), j’ai douté forcément, pendant que je travaillais sur le plateau je réfléchissais en même temps à l’écriture, à la construction, à un mot qui ne sonnait pas comme je voulais… Le maitre-mot d’Olivier a été dès le début : jouer comme si j’invitais le public dans mon salon ou ma cuisine, bouger sur scène comme dans ma maison, ne jamais être en représentation, en un mot être libre, tout me permettre. C’est cette vision qui a donné au spectacle une dimension réellement drôle, pétillante et touchante à la fois, et que le spectateur est en fusion avec moi dès les premier mots. Dès le début du travail avec Vincent Leterme, j’ai été convaincue d’ une chose : je voulais qu’il soit un vrai partenaire de théâtre, pas qu’un accompagnateur. Notre entrée au début du spectacle où je m’adresse à lui en lui chantant « trois petites notes de musique » est une scène très cinématographique, douce, légère et profonde à la fois, pleine de charme. Dès son entrée une relation forte se crée entre nous, cette complicité donne une puissance supplémentaire au spectacle, nous chantons même quelques chansons en duo… J’avais envie aussi que le piano soit très présent, que l’objet piano soit une réponse à la parole, au texte parlé. Musicalement comme physiquement. Ce piano devient même pour un bon moment ma petite chambre d’étudiante où un garçon peut entrer, reprendre en duo une chanson que je chante dans mon lit , ou pour me jouer un air de violon lorsque je vais m’endormir en apprenant mes scènes pour mon cours de théâtre (magnifique traversée de Laurent Valero au violon quand je suis endormie sur le piano). Le piano devient pendant deux chansons un petit théâtre à lui tout seul puisque je suis assise dessus comme un petit oiseau voulant rejoindre son petit poisson (« Un petit poisson ») chanson de Juliette Gréco), puis allongée de tout mon long comme dans mon lit en chantant une chanson d’Anna Karina (« Jamais je ne t’ai dit ») La participation de Laurent Valero est devenue de plus en plus importante au fil des répétitions, au début il m’a fait travailler le phrasé, le rythme…( le travail musical avec Vincent et Laurent se complétait tout en étant très différent), puis on s’est vite rendu compte avec Olivier qu’il fallait qu’il soit aussi sur scène, c’était évident. Et cela donne des moments à trois qui tombent du ciel sans qu’on l’attende, où la magie déboule avec bonheur grâce à nos trois corps dans l’espace, où nos trois présences ont du sens, où nos trois présences créent des images joyeuses et belles. Ce spectacle ne parle que d’Amour et de Théâtre finalement. Ma rencontre avec le Théâtre a une immense place dans la construction de ce projet, c’est un spectacle sur la naissance d’une vocation, d’un regard émerveillé sur l’état d’être artiste. Car être artiste est un état permanent, pas de cloison , tout fait Théâtre en somme… Ce spectacle démarre sur ma première colonie de vacances où je participe aux veillées de théâtre des « grands » où je joue des petites scènes de théâtre et chante des chansons devant les autres enfants (« Trois petites notes de musique ») , et se termine par mon entrée au Conservatoire de Paris (« Seuls au monde » de Julien Clerc), en passant par les spectacles qui ont marqué ma vie. Des spectacles auxquels je pense chaque jour, où la simplicité d’un choix de mise en scène peut ouvrir des portes sur tout « les possibles » sur un plateau. Quand on touche du doigt que tout est possible sur scène alors la vie devient très belle. Enfin, ce spectacle est aussi une déclaration d’amour à Paris, où ma vie n’aurait évidemment pas été ce qu’elle est si j’étais née ailleurs. (Bien que je commence et termine le spectacle par l’évocation de l’Algérie, d’où viennent mes parents Juifs Pied-Noir.) C’est une longue déambulation dans le temps, de ma première fête de l’Huma sur les épaules de mes parents en mangeant des hot-dog avec ma sœur, jalonnée de toutes les chansons qui m’ont accompagné, en passant par tous les quartiers de Paris où je me sens chez moi (à condition qu’ils soient au soleil !) Ce spectacle, c’est comme si je le jouais et chantais à l’oreille de chacun, j’invite chaque spectateur à entrer dans ma vie dans maison dans ma tête, et chacun d’eux en ressort avec la sensation que je viens de leur parler d’eux, à eux, que je viens de leur jouer et chanter leur histoire, avec pudeur humour et légèreté. Sans esbrouffe. Le spectateur nous suit dans cette belle histoire qui devient la leur, et passe sans arrêt de l’émotion au rire. Sans s’attarder sur l’émotion.
C’est une histoire de tendresse et d’amour inconditionnel. Une histoire toute en chansons .
Natalie Akoun
Auteur : Natalie Akoun
Mise en Scène : Olivier Cruveiller
Avec : Natalie Akoun
Musiciens : Vincent Leterme - Piano, & Laurent Valéro - Violon et Flûte
Lumière : Pierre Peyronnet
Régie : Barthélémy Fortier
Durée : 1h30
Représentations :
Du 21 avril au 01 mai 2022
Du jeudi au samedi à 19h
Samedi et dimanche à 14h30
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