Ménélas rébétiko rapsodie

Paris (Paris) • 9 octobre - 3 novembre 2024
Ménélas rébétiko rapsodie

Crédits : Catherine Schaub Abkarian

Ci-dessous la note d'intention de Simon Abkarian pour Ménélas rebétiko rapsodie, créé en 2013 et qui sera repris à l'automne au Théâtre de l'Epée de Bois.

J’ai entrepris l’écriture d’une pièce pour un acteur. Ménélas rebétiko rapsodie.
De Ménélas et d’Hélène, nous avons des idées, des points de vue qui tiennent souvent de l’arbitraire et du cliché.
Le premier est toujours décrit comme un faible, un mou, voire un lâche. Le fait que son mari ne soit pas à la “hauteur” enlève à la fuite d’Hélène toute force amoureuse. Elle ne part pas avec Pâris, mais elle fuit un type dénué de charme et de beauté.
De ce fait, elle devient l’archétype de la putain. Celle par qui viennent la discorde et la mort. On lui interdit le droit de disposer de son destin. Et dans cette période archaïque où la femme est l’objet de toutes les convoitises, il est pénible pour les hommes, encore aujourd’hui, de comprendre la décision d’une femme amoureuse.
J’ai voulu questionner, comprendre la solitude de Ménélas et redessiner à tâtons les contours de ce chagrin d’amour, toujours occulté par la guerre de Troie.
J’ai voulu convoquer une parole écrite, une langue dense et ardue, un langage poétique, lyrique, trivial. C’est par l’incarnation et l’incantation, par l’art de jouer, que tous ces modes deviendront du théâtre.
J’ai voulu tendre, comme dans mon précédent spectacle Pénélope ô Pénélope, vers une langue française où les subjonctifs et les conditionnels ne sont pas dédaignés.
J’ai voulu remettre au centre le verbe, sans artifices. Ainsi dans la mise en scène, il n’y aura pasd’effets de quelque sorte que ce soit. Il y aura trois chaises, une table, un acteur et deux musiciens. Des rebétès.
Depuis longtemps je voulais faire un spectacle à propos de Ménélas et d’Hélène avec mon ami Grigoris Vasilas, bouzoukiste virtuose, et Kostas Tsekouras, guitariste hors pair. Tous deux jouent le Rebétiko dans le groupe Dromos. Le Rebétiko est une musique qui voit le jour en Asie mineure dans les années vingt.
C’est la musique des bas-fonds, le blues de la Grèce.
On y chante les amours perdues, les trahisons, les crimes d’honneur, l’alcool, la drogue.Les chants rebétès sont les derniers soubresauts d’une parole libre.
N’ont-ils pas été interdits sous la dictature Metaxas ?
Oui, ils étaient trop subversifs ces chants, mais surtout ils étaient jugés trop
orientaux. Les colonels fascistes rêvaient d’une Grèce occidentale.
Le voisin Atatürk n’avait-il pas remplacé le fez traditionnel par la casquette, et surtout n’avait-il pas interdit les confréries soufies ?
Oriental était devenu une régression, il fallait être occidental à tout prix. Nous en voyons aujourd’hui les effets pervers. (Ce n’est pas l’idée « occidental » qui est perverse, mais bien entendu le « à tout prix ».)
Il fallait briser les bouzoukis et les baglamas, interdire de radio la voix subversive puisque poétique du rebétiko.
Les chants rebétès sont les derniers soubresauts de la tragédie grecque.
A maintes reprises, Grigoris et moi nous sommes retrouvés en Grèce et ailleurs.
Maintes et maintes fois, autour d’une table, nous avons chanté, dansé.
Mais surtout nous nous étions fait la promesse d’un travail commun. Un spectacle : Ménélas rapsodie.
Cette promesse nous l’avons tenue, lui avec son bouzouki et sa voix venue des temps anciens et moi, avec mon écriture.

Simon Abkarian

Mots-clés :
Théâtre contemporain

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