Effondré.e.s

Paris (Paris) • 13 - 23 octobre 2022
Effondré.e.s

Crédits : Quentin Chevrier

Effondré.e.s
Conception, écriture et mise en scène : Julien Avril
Conception sonore et musicale : Martin Antiphon et Olivier Pasquet
Conception scénographique, vidéo et objets : Lola Sergent et Élie Barthès
Conception lumières : Victor Inisan Régie générale : Foulques Gardin
Avec : Marion Amiaud, Lucas Bedecarrax, Mathieu Ricard, Hélène Sir Senior

Résumé de la pièce
Dans une bulle temporelle, trois acteurs explorateurs mettent en lumière le paradoxes qui conduisent le système Terre vers son effondrement. Prenant part à leurs expérience, un musicien transcrit tout ce que racontent plantes, bêtes et pierres. Un personnage de synthèse parlera au nom de tous les objets fabriqués par l'homme. Démultipliant les points de vue, ce spectacle croise science-fiction et documentaire pour mettre en mouvement nos imaginaires.

Note d'intention d'écriture
La pièce – Effondré·e·s – répond à une commande d'écriture pour la Scène de Recherche de l’École Normale Supérieure Paris-Saclay. Après deux saisons de résidence au cours de laquelle la Compagnie Enascor a tour à tour permis à la communauté de l'école d'apprivoiser la présence des artistes en son sein et de fédérer ses élèves, ses enseignants et ses chercheurs autour du projet d'ouverture d'un théâtre dans leur nouveau bâtiment, au milieu du plus grand campus scientifique et technique d'Europe, nous amorçons la création d'un spectacle qui vient mettre à l'épreuve la promesse d'enrichissement mutuel des Arts et des Sciences, tant sur les plans esthétique, poétique, sensible que réflexif, intellectuel et sociétal.

Entre le réchauffement climatique, l'érosion accélérée de la biodiversité, le risque nucléaire, ou encore le développement de politiques répressives et sécuritaires au sein des sociétés, l'effondrement est aujourd'hui considéré par une large partie de la communauté scientifique comme un des avatars crédibles de l'avenir. Comment envisager la fin de notre civilisation thermo-industrielle sans céder à la panique ou au cynisme ? Comment envisager la préservation du système Terre à l'épreuve des crises présentes ou annoncées : environnementales, sanitaires énergétiques, économiques, sociales, politiques... Si les chercheurs alertent et proposent des solutions de transition et si nombre de citoyens souhaitent les expérimenter, il semble que l'intérêt commun à tous les humains et autres qu'humains se heurte à la somme de puissants intérêts particuliers qui freinent l'exploration du rêve d'une planète harmonieuse. L'effondrement est un présent progressif qui s'invite d'ores et déjà dans nos représentations du monde. Il pose la question primaire et fondamentale de la symbiose, au sens le plus large du terme.

J'envisage – Effondré·e·s – comme une traversée des problématiques et des paradoxes qui tendent à conduire nos sociétés vers la chute et quelles forces et ressources sont mobilisables pour embrasser ce mouvement et le transformer en un retour à l'équilibre. L'effondrement sera-t-il l'ultime pirouette d'une humanité, à la fois clown et acrobate, suspendue au fil de l'Histoire ? Une pièce, non pas pour personnages mais pour corps : trois acteurs libres de représenter ce qui est nécessaire au fil de la dramaturgie et un musicien dont la mission sera de rendre sinon intelligible mais du moins sensible la parole d'autres qu'humains qui partagent notre environnement.

Il s'agira cette fois de renverser l'utopie, faire admettre que le « réalisme » a changé de camp. Explorer les scenarii catastrophes, questionner notre rapport à la fuite, à la peur, notre complaisance et notre fascination face à elle. Mettre en lumière les signes d'espoir et les ressources qui nous seront nécessaires pour traverser les crises en cascades. Interroger la notion de renoncement et de sacrifice. Utiliser les outils du théâtre et de la représentation pour inventer des métaphores, des analogies, des transpositions qui servent de déclencheur, qui mettent la communauté humaine en action, qui luttent contre la sidération et la stupeur. S'effondrer, dans les bras de qui ? A qui faut-il s'en remettre sinon à nous-mêmes.

Notes de mise en scène
L'effondrement est là. Ce concept est déjà presque usé, galvaudé tant il est repris par tous au nom de tout. Ses contours sont pourtant encore incertains. Et cependant il s'est invité plus vite que prévu dans nos vies, lors de cette crise sanitaire. Quel rôle le théâtre peut-il jouer dans l'appréhension d'un tel phénomène ? Nous n'avons pas besoin de leçons d'harmonie avec la nature, nous n'avons pas besoin de sermons écologistes. Nous avons besoin d'agir. Nous avons besoin d'action. Et le théâtre est l'art de l'action. Il nous donne les outils de représentation pour faire l'expérience d'un monde différent du nôtre. La science nous donne des clés pour comprendre, mais nos consciences ont des verrous sensibles que seule la poésie parvient à crocheter. Nous tenterons de créer les conditions d'un choc esthétique, émotionnel, intellectuel qui mette la petite communauté qui se constitue dans la boîte noire d'une salle de théâtre en action.

Il nous faudra partir d'un état du monde qui se désagrège. Un espace qui tombe en lambeaux. Nous éplucherons les unes après les autres les différentes couches qui le compose (climatique, biologique, politique, sociétale etc...) Nous nous servirons pour chacune d'elles des outils du théâtre qui permettent de les représenter au mieux, convoquant les codes de jeu et les formats d'écriture nécessaires : le drame évidemment, mais aussi le récit, l'épopée, le journal, la chronologie, la chanson... Nous mettrons en lumière les paradoxes, les liens de cause à effet, les solutions négligées, les catastrophes présentes et annoncées. Nous nous ferons apocalypticiens prophylactiques, pour mieux enrayer la machine. Nous serons des prophètes qui ne demandent qu'à être mis en défaut. Et à mesure que nous ferons se dérober le sol sous nos pieds, nous tenterons de donner à voir ce qui nous relie malgré tout à notre environnement, ce qui nous tient encore en suspend, les ébauches du monde d'après qui s'invente dans les ruines, la forêt en puissance que cache l'arbre en « plastoque » à abattre. De quel engrais pourront nous servir les résidus de la société thermo-industrielle ? Qu'est-ce qui pousse déjà, en silence, dans nos campagnes ou dans nos têtes ? Effondré.e.s, en inclusive, à l'égard de tout le monde, humains et autres qu'humains, comme un jeu d'équilibre précaire entre information et fiction, données et imaginaires, chute et germination.

Pour l'élaboration du dispositif scénique d'Effondré.e.s, les artistes de la Compagnie Enascor se sont associés aux élèves de l'ENS Paris-Saclay à travers un «Projet Interdisciplinaire Collectif ». Ce dispositif pédagogique permet aux normaliens issus de différentes disciplines de travailler autour d'un projet commun. Nous les avons invité ici à s'interroger sur des questions de représentation de l'effondrement et de l'émergence du « monde d'après ». Ensemble, au cours de résidences de recherche création à la Scène de Recherche, nous avons cherché ensemble à fabriquer la première image du spectacle. Il s'agissait de plonger le spectateur dans un espace peuplé de machines abîmées (ordinateurs, écrans, lampes, panneaux lumineux, imprimantes, radios, hauts-parleurs...) dont certaines continuent à diffuser, en mode aléatoire, des documents, des informations, mais aussi des extraits d’œuvres de fictions populaires, des écrits, des images, des fragments d'enregistrements sonores ou vidéo : les résidus de notre société addict aux données et aux contenus, comme un bruit de fond de l'Anthropocène qui se serait figé après la disparition de notre civilisation.

Notes sur le dispositif scénique
Nous avons associé les élèves normaliens à la conception et à la réalisation de cette scénographie en les répartissant sur différents chantiers : recherche de contenu documentaire, conception d'accessoires ou de systèmes mécanique, programmation d'objets pilotés en régie, création musicale par concaténation de son concrets... Ce champ d'exploration interdisciplinaire a permis de croiser les connaissances et les compétences des élèves travaillant dans le domaines des sciences fondamentales, des sciences pour l'ingénieur, du design et des sciences sociales sous la direction de notre équipe artistique. Toutes les réalisations n'ont pas été conservées dans la version définitive du spectacle, mais cette rencontre et ce travail de recherche commun a constitué une dimension essentielle de son esprit exploratoire.

Notes sur le Théâtre Documentaire
Nous souhaitons, avec cette pièce, poursuivre notre recherche artistique autour du « théâtre documentaire » entamée avec -L'Atome- , spectacle précédent de la compagnie autour des problématiques liées à l'énergie nucléaire. Cette démarche s'articule entre un travail de collecte et de compilation de connaissances et de données brutes, leur agencement et leur traitement poétique dans une dramaturgie de la mise en lumière, de la révélation. Nous envisageons le théâtre comme une utopie/uchronie, le lieu de l'expérience collective du frottement entre le réel et l'imaginaire d'où jaillit l'étincelle qui éclaire le monde différemment. Notre objectif est de créer un choc, à la fois intellectuel, émotionnel et esthétique permettant au spectateur de changer de regard et de devenir actif par rapport à des sujets de société qui semblent nous échapper.

Mots-clés :
Théâtre Documentaire Environnement Arts-Sciences

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