EARTHSCAPE

Paris (Paris) • 17 - 19 novembre 2022
EARTHSCAPE

Crédits : ©Achilles Rizzoli

EARTHSCAPE

PHILOSOPHIE DE LA MAISON

Un spectacle de Frédérique Aït-Touati et Emanuele Coccia

Texte : Emanuele Coccia
Adaptation et mise en scène : Frédérique Aït-Touati
Avec Duncan Evennou, Maxime Lévêque, Olivia Ross
Création sonore : Maya Boquet
Ingénieur du son : Simon Garrette
Dispositif : sur une idée originale de Patrick Laffont de Lojo
Assistante à la mise en scène : Esther Denis
Co-production : Mondes Nouveaux

« De la maison [...] la philosophie a toujours fait peu de cas » : dès l’origine, elle s’est pensée par rapport à la cité et a fait de la ville le seul « théâtre » digne d’intérêt. « Écoles, cinémas, restaurants, bars, musées, discothèques, commerces, parcs, rues [...] : c’était en dehors de la maison que le monde se faisait réellement expérience. » Pourtant, dans ce glissement, nous avons perdu le sens même du bonheur. Nous avons besoin de maisons pour être heureux, car habiter signifie la capacité de« tisser des relations intenses avec certaines choses et certaines personnes, [...] d’accueillir, dans une forme d’intimité, la portion du monde », sans laquelle nous ne pouvons nous épanouir. Le culte de la ville nous a condamnés à oublier ce bonheur enraciné. Fort heureusement, cependant, les demeures « publiquement anonymes » n’ont jamais disparu. Elles n’ont cessé de soutenir dans les ténèbres la vie urbaine qui, sans elles, serait invivable. Et font aujourd’hui leur grand retour. Avec la généralisation des nouvelles technologies, notamment, « c’est dans la maison que l’excitation des sens semble devoir avoir lieu », désormais. Mais ce retour du domestique est en même temps un mouvement d’expansion. Là où la ville se pense comme une ouverture sans enveloppe, notre vie numérique est enchâssée dans une coquille tellurique : « C’est dans des objets faits de pierres et de minéraux – les ordinateurs – que nous enregistrons tous nos souvenirs et nos pensées. [...] La planète nous a envahis. » Se dessinent alors les contours d’une nouvelle maison, qui n’est pas seulement la nôtre mais la Terre elle-même.

EARTHSCAPE

Les bouleversements actuels de nos manières de vivre, de bouger, d’aimer, invitent à repenser de fond en comble nos manières d’habiter. De quoi avons-nous réellement besoin pour vivre quelque part, pour vivre ensemble ? Afin de poser la question en-dehors de toute structure préétablie, nous avons imaginé une scénographie entièrement sonore, qui nous permette de sortir des espaces de la maison, afin d’en expérimenter les limites, d’en reconfigurer les usages, en partant de ce qui en fait le cœur : non pas une architecture, mais des relations humaines ; non pas des pièces, mais des gestes quotidiens. C’est en-dehors des murs de la maison, en-dehors du plateau de théâtre, que l’expérience se déroulera. Il s’agit de sortir des murs afin de les réagencer autrement et d’expérimenter, le temps de la performance, cette « maison terre » dont nous parle la philosophie contemporaine.

La réflexion d’Emanuele Coccia dans son livre Philosophie de la maison pose la question de nos arts de co-habiter (et pas seulement d’habiter), au moment où l’ordre spatial et domestique urbain occidental est profondément bouleversé par la crise climatique et la crise sanitaire. Le modèle domestique craque : qu’est-ce que serait une maison aux dimensions cosmiques ? Qu’est-ce qu’une collocation planétaire ? Voyage dans notre imaginaire de l’espace en plein bouleversement, Earthscape superpose au paysage partagé par le public et les performeurs des récits, des gestes et des paysages sonores afin de reposer la question des manières d’habiter le monde. Earthscape est un spectacle sur nos manières d’habiter, expérimentées et observées en dehors de ce qui les dissimule habituellement : les murs de la maison, les rues des villes. Exposés hors de la maison, les gestes et relations qui font notre quotidien (« l’infra-ordinaire » de nos vies, comme disait Georges Perec) sont mis à nu, dévoilés dans leur simplicité et leur étrangeté.

Mais peut-on vraiment habiter le paysage ? Nos habitudes d’habiter seront confrontées à l’espace extérieur, aux paysages ruraux, aux autres vivants qui font l’espace du monde, cohabitent avec nous. Réduites à leur plus simple expression (des gestes, des sons), décontextualisés, nos gestes et nos arts d’habiter seront rendus paradoxalement plus visibles dans leur immatérialité. Défamiliariser le quotidien, interroger ce qui nous semble le plus évident, tel est le but de cette expérience hors scène, hors cadre.

Le dispositif

Le dispositif central est une scénographie presque exclusivement sonore, qui joue de la superposition entre l’espace réel (un lieu non théâtral, la Conciergerie à Paris, une prairie, une forêt, une friche péri- urbaine) et l’espace sonore créé pour le spectacle (les spectateurs et les acteurs sont tous équipés d’écouteurs). On jouera notamment de la disjonction entre ce qu’on voit et ce qu’on entend, entre l’extériorité du paysage qui nous entoure, et la sensation d’intériorité produite par la bande son. Chaque pièce de la maison, en effet, fera l’objet d’une composition sonore. Le son se fait paysage sonore, et le paysage qui nous entoure est métamorphosé par le son.

Mots-clés :
Théâtre Philosophie Emanuele Coccia Frédérique Aït-Touati Duncan Evennou Ecologie Philosophie de la maison Mondes Nouveaux

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