"L'heure immobile"

Le Pradet (Var) • 20 et 21 mai 2017
"L'heure immobile"

Bernard Plossu a consacré sa vie à voyager et à photographier. Du Mexique aux États-Unis, dont les images sont si célèbres, en passant par l’Italie, chère à son cœur, jusqu'au Havre où il a su saisir la poésie de la ville, peu de régions du monde ont échappé à son regard à la fois cultivé et distancié.

Mais le photographe français entretient depuis toujours des relations privilégiées avec la Méditerranée. Cet espace mouvant, à la lumière crue et aux ombres pénétrantes, a beaucoup retenu ses pas. L’Espagne a même réussi à le garder quelques années, dans une petite habitation d’Andalousie encore si présente dans sa conversation et ses rêves.

L’exposition présentée à l’Hôtel des Arts, centre d’art du Département du Var, traite, à travers 135 images inédites prises en Espagne, France, Italie ou Grèce, de la conversation qu’a menée Bernard Plossu pendant trente ans avec la métaphysique méditerranéenne. Il a accumulé, sélectionné et précieusement conservé pendant ces longues années des centaines de photographies qui sont autant de dialogues avec la peinture, la littérature ou la photographie métaphysique.

Une attention particulière sera également portée sur le rapport qu’entretient Bernard Plossu avec les livres auxquels il est si attaché. Une trentaine d’ouvrages du grand photographe, pour beaucoup épuisés, seront présentés. Plusieurs vidéos, dont une produite spécialement pour l’exposition avec un groupe varois de musique expérimentale, Hifiklub, accompagneront l’exposition.

Les images présentées montrent une Méditerranée faite de lieux déserts et flottants, dont on ne sait s’ils sont réels ou imaginés tant ils semblent mystérieux malgré leur apparence familière. Il s’agit de celle de Carrà, de De Chirico ou même de Morandi.

Dans ces photographies, les choses les plus étranges peuvent à tout instant survenir. Les contraires peuvent se rencontrer ou le temps se modifier, s’étirer indéfiniment ou même s’arrêter, sans qu’une raison soit pour cela nécessaire.

Il s’agit bien sur de voyages, mais ici, les photographies cherchent à saisir, plutôt qu’une odyssée, les moments d’attente, ceux qui se placent entre deux actions, deux endroits, deux temps, ces instants de transition qui deviennent parfois des passages entre deux mondes, deux consciences.

Ces télescopages d’univers, ces hasards magiques si chers aux surréalistes font de ces espaces mentaux un monde métaphysique dont l’apparente quiétude ne cache que difficilement la puissante évocation poétique.

Il s’agissait alors, pour le commissaire de l’exposition, de choisir parmi ces voyages mystérieux, ceux que les profanes que nous sommes peuvent emprunter sans danger et quelques uns, un peu plus risqués, pour ceux qui voudraient aller plus loin…

Chantiers, magasins, autoroutes, wagons de train, usines, bords de mer ou de trottoir, se transforment alors en portes qui nous permettent de passer de l’autre côté du miroir.

Les horloges s’arrêtent alors afin de saisir le soupir du temps…

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