" AU TRAVAIL ! " UNE EXPOSITION DE HARALD FERNAGU MAXIME LAMARCHE, THOMAS BRAIZE, SHAN GAO

La Clayette (Saône-et-Loire) • 18 octobre - 22 novembre 2014
"  AU TRAVAIL ! "  UNE EXPOSITION DE HARALD FERNAGU MAXIME LAMARCHE, THOMAS BRAIZE, SHAN GAO

Propos de Harald Fernagu :

Pour la fin de l’année 2014 Esox Lucius me prête généreusement les clefs de son garage. Une envie pour moi alors, d’y mettre le contact en invitant de jeunes artistes à partager cet espace avec moi. Qu’est ce que le travail ? J’ai déjà pu entendre l’agacement de certains collègues artistes de ne plus supporter l’appellation “travail“ pour nommer une œuvre. Pour ma part et vous l’aurez compris puisque je les nomme “collègues“, cette activité appelée travail me plait. Non pas parce qu’elle renseigne, mais plutôt parce que c’est une notion qui nous place sur une ligne collective embrassant bien plus que l’art. Ce n’est pas déprécier l’art ou les œuvres que de les intégrer à une activité humaine partagée. C’est revendiquer notre rôle social et modestement, prendre plaisir à intégrer une chaîne de montage.
Préambule :
« L’inattendu est ce que l’on définit comme le réel du travail. Le réel est ce qui résiste à la maîtrise par les moyens conventionnels. (…) Le monde réel résiste. (…). Le réel se fait connaître au sujet par un effet de surprise désagréable, c’est-à-dire sur un mode affectif. C’est toujours affectivement que le réel du monde se manifeste au sujet. (…). Ainsi est-ce dans un rapport primordial de souffrance dans le travail que le corps fait l’expérience du monde et de soi-même. » p75, 76 Pascal Molinier Les enjeux psychiques du travail. Petite Bibliothèque Payot.

N’est-ce-pas paradoxal de penser que cette personne agacée par le disfonctionnement de son imprimante, ou ces autres, énervés de l’attente d’un train en retard sont, en fait, dans une expérience d’eux même, qu’ils avancent, grandissent ? Il y a ainsi une brouille porteuse entre un monde conceptualisé, prédéfini, et l’échec de sa mise en pratique. Dans le fordisme, on tente de maîtriser ce réel nuisible au rendement. Dans cette chaîne, le donneur d’ordre a pratiqué, anticipé, pour l’ouvrier l’altérité du réel et en impose des solutions rationalisées. Le réel du travail, devient ainsi un privilège de caste. Dans notre organisation sociale, le travail est posé comme un service à un tiers et non à celui qui le produit. Là où l’imprévu demande de l’invention, une conscience élargie, le marché initié par le consommateur, norme, dissocie, optimise. Dans l’atelier de l’artiste, il n’y a qu’un commanditaire absolu, l’artiste lui même. Les acheteurs, quels qu’ils soient, n’imposent qu’un déplacement parmi d’autres. Dans le travail de l’artiste l’altérité provoquée par le réel est une ressource. Se saisir de cette réalité c’est travailler, aller au travail, différemment. Cette pratique devient alors une culture, un usage social posé au monde, un savoir être. Nous avons cette chance.

Lorsque j’observe les œuvres de Maxim, Thomas et Gao, j’y perçois l’amplitude qui élabore les formes, leurs déplacements, leurs gestes, leurs efforts. Dans l’exposition, cette temporalité “laborieuse“ s’offre à notre attention. Après toutes expositions les œuvres repartent en réserve, dans un huit clos sans regard. Mais quand vous connaissez bien une œuvre, vous avez le pouvoir de la saisir à travers les parois de la caisse qui l’enferme. C’est l’excitation de celui qui connaît le protocole de mise en espace. Le plaisir, le don, du régisseur qui d’un regard, embrassant plusieurs caisses, se construit un Louvre pour lui tout seul. Le travail de vie d’une œuvre ne s’arrête jamais. C’est cette réalité que j’ai choisie ici d’énoncer. La question de la réserve, c’est aussi la question de notre état, de l’issue de notre travail : l’inventaire d’un point de vue sur nous même.

Mots-clés :
En tant qu'artistes qu'est ce que notre travail ?C’est revendiquer notre rôle social et modestement prendre plaisir à intégrer une chaîne de montage.

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