Presbytère et jardin des Langottières
visite du presbytère des XVIIe et XVIIIe et du jardin à la française
Le bâti
Des matériaux de construction typiquement angevins
Mêlant pierre des rairies, pierre de tuffeau et enduis à la chaux, le bâti est typique de la région. Le tuffeau est de la craie micacée ou sableuse à grain fin, de couleur blanche ou crème parfois jaunâtre. Elle est extraite de carrières et est typique de l'architecture que l'on trouve dans les pays de la Loire. La pierre des Rairies, plus jaune et plus dure, provenant des carrières des Rairies, est essentiellement utilisée pour la partie basse des parties en pierre. Les murs extérieurs sont couverts d’enduit à la chaux et au sable, dans une couleur typique de la région, qu’on retrouve à Durtal ou à Baugé. Le presbytère était à l’origine clos de mur (sauf du côté du prieuré semble-t-il), dont 3 côtés sont inclus dans la propriété actuelle.
Un bâtiment du 17ème entièrement remanié au 18ème.
Si l’édifice présente toutes les caractéristiques du 18ème siècle (fenêtres, cheminée intérieure…), certains éléments trahissent une construction plus ancienne probablement du début du 17ème siècle (toiture à deux pents, rondelis, conduits de cheminées aux extrémités…).
Le bâti principal a en effet été remanié de manière importante au milieu du 18ème siècle, à la suite d’un procès opposant le nouveau curé aux héritiers d’un curé prédécesseur. Une restauration complète a alors été menée, intérieure comme extérieure, dans le style du 18ème siècle bien sur.
Le petit bâtiment à droite de l’entrée a servi pendant quelques temps d’agence postale de la commune. Il s’agissait auparavant d’une des dépendances comprenant l’étable et les toits à cochons. Les dépendances de gauche comprenaient la boulangerie, dont subsistent l’entrée du four à pain dans une cheminée en tuffeau, les écuries et d’autres dépendances. On sait par les documents qu’au 18ème siècle il y avait au moins une domestique et un valet, lequel logeait dans les dépendances.
Quelques transformations aux 19ème et 20ème siècle
Le plan dit napoléonien de 1826 montre que l’arrondi du portail d’entrée était plus prononcé. En effet, lors de l’élargissement de la rue, probablement au début du 20ème siècle, le mur d’enceinte a été déplacé et les dépendances ont été raccourcies. L’arrondi de l’entrée a alors presque entièrement disparu. Le portail a été restauré au 20ème siècle dans un style 19ème (style Napoléon III ?).
Fin 19ème, un bâtiment aux proportions plus petites à été ajouté au bâti principal, dans lequel se trouvent aujourd’hui la cuisine et une chambre.
Les intérieurs
Restauration
Après l’acquisition à l’hiver 2010 une restauration des intérieurs a débuté : démolition des cloisons qui séparaient le presbytère en logements indépendants. Démolitions des faux plafonds pour faire revivre la poutraison d’origine, restauration de certains sols avec de la tomette 18ème.
Escalier à quart tournant à jour de style Louis XIV
La porte d’entrée, à encadrement de tuffeau et de pierre des rairies et avec une partie haute à petits carreaux d’origine, ouvre sur un grand escalier en chêne à quart tournant à jour de style Louis XIV du 17ème ou 18ème siècle.
Salle à manger
Dans l’une des pièces des enduits à la chaux ont été mis sur les murs, une cheminée de style Louis XIV en tuffeau a été sculptée (pour rappeler l’époque 17ème). Les encadrements de fenêtres en tuffeau ont été remis à jour.
Le salon
Le principal chantier du salon a été celui de la restauration de la cheminée Louis XV, qui avait été remaniée au 19ème siècle puis obstruée par un coffrage en bois au 20ème. La cheminée en tuffeau est composée d’une partie basse avec deux jambages à l’arrête concave et d’une partie haute avec la même arrête, séparée d’une tablette. Sur la partie haute une fresque peinte à même le tuffeau à motif de chinoiseries, typique de l’époque Louis XV, qui correspondant à la date de restauration du presbytère au 18ème siècle.
Si une telle œuvre est rare dans une demeure provinciale de surcroit dans un presbytère de ce qui est à l’époque un village de l’Anjou, le sujet ne l’est pas : les chinoiseries et singeries sont la grande mode de ce milieu du 18ème siècle. La chinoiserie est un modèle artistique européen, d'influence chinoise, qui est caractérisé par l'utilisation du langage figuré et fantaisiste de la Chine imaginaire, par une asymétrie, des contrastes très marqués et par l'utilisation de matériaux laqués et de décoration. Les chinoiseries se sont répandues dans l'art européen dans la seconde partie du XVIIe siècle et leur popularité a connu un apogée autour du milieu du XVIIIe siècle.
Cet engouement est né notamment à la suite de la création de la compagnie des indes orientales par Colbert à la fin du 17ème siècle. Cette compagnie, à vocation coloniale, aura son apogée entre 1720 et 1740. Elle deviendra ensuite la compagnie des indes orientales et de la Chine.
On retrouve les chinoiseries dans la peinture (par exemple le célèbre peintre Nicolas Huet), dans la porcelaine et la faïence (voir les trois pièces de faïence de Delft dit « ensemble haut d’armoire » d’une célèbre fabrique du milieu du XVIIIème à décor de chinoiserie). On trouve également les décors de chinoiserie sur les éventails et les textiles et broderies qui sont utilisés à la cour de Versailles et dans les grandes villes du royaume.
Cette mode n’est pas seulement française, on la retrouve dans toute l’Europe, en Hollande (faïence) et même jusqu’au Portugal ou la chinoiserie devient modèle de décor pour les célèbres azulejos mais aussi pour la faïence locale.
Pour en revenir à la chinoiserie du trumeau de la cheminée Louis XV il faut imaginer que faire venir un artiste de notoriété au moins régionale (Angers ? Tours ?) a dû représenter un cout non négligeable dans le cadre de la restauration du presbytère et témoigne de l’importance de la somme versée à titre de dédommagement.
L’expertise de 1745 ayant donné le détail des livres de la bibliothèque, celle-ci est progressivement reconstituée par achat aux ventes en enchères lorsque les ouvrages se présentent. Il en est déjà ainsi pour une trentaine de volumes, dont les célèbres Conférence d’Angers, ne nombreux ouvrages ecclésiastiques et enfin les Coutumes d’Anjou mais dans une édition différente de la même époque.
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