Tchernobyl
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Crédits : Jesus Mendez et Pepe del Morao
Si Bizet, avec Carmen (1875), s’inspire d’un imaginaire gitan andalou, tel qu’il était perçu dans la France du XIXᵉ siècle – passion, marginalité, liberté, sensualité -, Jesús Méndez, lui, incarne l’authenticité flamenca issue de la communauté gitane de Jérez. Il ne joue pas un rôle gitan : il est issu de cette tradition vivante, orale, enracinée.
On peut voir Carmen comme une représentation romantisée de ce que Méndez exprime dans sa réalité musicale et sociale. Le flamenco, comme certaines scènes de Carmen, utilise des modes andalous (notamment phrygien, avec tierces altérées), des rythmes binaires ou ternaires très marqués (bulerías, tangos), et des mélismes vocaux.
Dans Carmen, des passages comme la Habanera ou la Chanson bohème reflètent une esthétique ibérique qui évoque le rythme et l’ornementation du flamenco (même si ce n’est pas du flamenco authentique).
Un parallèle musical existe dans le goût pour la vocalité expressive, l’émotion brute, et des cadences typiques d’Espagne du Sud.
Méndez est reconnu pour l’intensité dramatique de son chant – un cri profond qui vient de l’intérieur -, notamment dans les seguiriyas ou soleás.
Cette intensité se retrouve dans l’univers dramatique de Bizet, où la voix est un vecteur de destin tragique (Carmen chantant sa liberté face à Don José).
Les deux explorent une esthétique du tragique, du destin, à travers la voix comme langage de l’âme :
Le flamenco est né du métissage culturel entre Gitans, Arabes, Juifs séfarades et Andalous.
Bizet, dans Carmen, fait un travail d’exotisme musical occidental, en se basant sur des sons perçus comme "orientaux", comme ceux de l’Espagne.
Là où Bizet évoque l’Espagne comme un ailleurs fantasmé, Méndez représente l’héritage vivant de ces influences croisées.
Daniela Lazary et Sylvie Brély
(1) Frédéric Deval, Directeur artistique du programme transculturel de la fondation Royaumont (95).
Biographies
JESUS MENDEZ, CANTE FLAMENCO
Jesús Méndez monte sur scène à 17 ans, faisant ses débuts en 2002 au centre culturel Antonio Chacón à Jérez, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des cantaores du flamenco jerezano les plus marquants de sa génération. Jesús Méndez joue sur les scènes européennes et du monde entier — d’Asie à l’Amérique en passant par l’Afrique - , à New York, Chicago, Pékin, Amsterdam... Il participe aux plus grands festivals (Biennale de Séville, Festival de Jérez, Festival de Nîmes) et spectacles prestigieux, tels que Viva Jerez, Vinática (Rocío Molina), et joue dans des productions lyriques ou chorégraphiques (Andrés Marín, Carlos Saura).
Fier défenseur des cantes de La Plazuela — particulièrement les soleá et bulerías — Jesús Méndez est également reconnu pour son talent dans les palos plus profonds comme la seguiriya, les tientos- tangos, les fandangos et martinetes. Il partage la scène avec de grandes figures du flamenco : Moraíto Chico, El Güito, Rocío Molina, María del Mar Moreno, Carmen Cortés, Antonio Reyes, Miguel Poveda et d’autres.
Son premier album Jerez Sin Fronteras (2008) est salué comme révélation par le Prix national de la critique. Añoranza (2012) est présenté à la Biennale de Séville, salué pour ses collaborations (Miguel Poveda, El Torta, Manuela Méndez…). Voz del Alba (1er mars 2017) propose les fameux « Alegrías », « Bulerías de Jérez »…. Puis vient un album numérique El Músico (22 janvier 2021) sous le label Elegante Music et un quatrième album, hommage à sa tante La Paquera, mêlant arrangements orchestraux et flamenco traditionnel Recordando a La Paquera de Jerez (2021).
En juillet 2014, lors de la 68ᵉ édition du Festival d’Avignon, Jesús Méndez a pris part à la création intitulée Oración, un projet transculturel conçu sous la direction artistique de Frédéric Deval – qui nous a quitté en 2016 - , alors directeur du programme Transculturel de la fondation Royaumont. Ce spectacle explorait les liens entre la saeta flamenco – un chant monodique andalou – et l’adhan, l’appel à la prière musulman, ponctuant la réflexion musicale par la voix du cantaor. Il s’y produisait dans un ensemble interculturel associant musiciens arabes et flamencos dans le cloître des Célestins à Avignon. Il faisait partie du trio vocal avec Khaled Hafez et Eva Zaïcik, entouré des musiciens Ahmed Essyad, Fawaz Baker, Amir ElSaffar et le Quatuor Tana. Le propos artistique interrogeait la fusion de traditions vocales sacrées andalouses et arabes, dans une esthétique contemporaine.
Nous aurons une pensée pour Frédéric Deval qui nous a fait découvrir le talent de Jesús Méndez.
http://jesusmendezcantaor.es/
PEPE DEL MORAO – GUITARISTE
Pepe del Morao appartient à la troisième génération de la prestigieuse école de la famille Morao, réputée pour son jeu rythmique jerezano, expressif et profondément enraciné dans la tradition gitane-flamenca, tout en étant innovant et créatif
Né à Jerez de la Frontera (Cádiz) en 1985 – 1986, il est le petit-fils du maître Manuel Morao avec lequel il débute la guitare à l’âge de 12 ans dans la tradition jerezana. Il est le neveu de Moraíto Chico et le cousin de Diego del Morao.
Sa première apparition en 2000 avec le spectacle Errantes (Manuel Morao & Gitanos de Jerez), suivi en 2001–2002 des tournées Tierra Cantaora et Noches de Embrujo.
Il devient rapidement un accompagnateur de référence auprès de chanteurs renommés — Luis el Zambo, La Macanita, Fernando de la Morena, Juana la del Pipa, Jesús Méndez, ainsi que Diego el Cigala, José Mercé, Niña Pastori, etc.Depuis 2013, il s’affirme aussi comme directeur et producteur de spectacles, tels que Molchibe Calli, Suena Jerez, La Tierra y el Cante, et leurs éditions spéciales. Il est aussi pédagogue, donnant des cours lors du Festival de Jerez ainsi que des cours individuels, en présentiel et en ligne.
Pepe del Morao a enregistré sur des albums tels que Almavieja (2007), Nueva Frontera del Cante (2008), Pintaré de Azul de Niña Pastori (2009), Viaje por el Cante en Argentine (2012), et Morao y Agujetas avec Diego Agujetas (2020). Il produit des disques live dont Molchibe Calli (CD + DVD, 2014) et prépare en parallèle son projet solo.
Il accompagne fréquemment Jesús Méndez en concert et en studio, contribuant à la richesse rythmique et émotionnelle de ses interprétations. Ils forment ensemble un duo représentatif du flamenco authentique de Jerez, alternant puissance du cante et profondeur du toucher.
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