Auberge Bagatelle Avignon
Auberge de jeunes / salles de réunion, E.R.P. avec hébergement : R1 / L4 - PV Commission de Sécur...
Crédits : Dortohée Adam
Yalla Bye ! est un chassé-croisé entre Clea et Raymond. Lui, a quitté son pays pour vivre en France et pour échapper à la guerre. Elle, a choisi Beyrouth comme destination de vacances. Mais pourquoi Beyrouth plutôt que Berlin ? Et d’où vient son attrait pour les villes détruites ? Beyrouth, pour elle, c’est la ville de tous les possibles. Paris, pour lui, c’est la ville de toutes les opportunités. Chacun est en quête de ce qu’il n’a pas. Elle est allée chercher les bribes d’un élan brisé. Il cherche un endroit pour amarrer son rêve. Le fil de l’écriture est entre le rêve et l’histoire, entre le Liban et la France.
Répété en extérieur pour être créé en extérieur, le vent du voyage qui souffle dans ce texte, a trouvé comme écrin non pas la scène d’un théâtre, mais les murs de la ville. Pensé pour être joué audelà des murs du théâtre, il porte dans son ADN les gènes d’un théâtre qui a besoin de repousser les limites de sa propre maison. Se déplacer pour aller à la rencontre. C’est le propos du texte et c’est le projet de sa mise en scène, une scène vaste comme le monde. Le plateau est donc pensé comme un lieu de croisements.
L’espace vidé, épuré à l’extrême, laisse le loisir aux acteurs de dessiner la géométrie de leurs trajectoires. S’inscrivant dans une graphique rigoureuse de diagonales et de parallèles, leurs déplacements redessinent sur le plateau les lignes droites du voyage, une traînée de kérosène dans le ciel, l’architecture anguleuse d’un aéroport ou des bureaux d’une administration, un voyage en taxi. Cette épure visuelle tient aussi dans la disparition de l’accessoire. Une valise, un sac à dos, suffiront à suggérer tous les décors, tous les lieux, tous les objets.
À l’inverse très fourni, omniprésent, le son enveloppe, nourrit le jeu, structure les espaces ou crée le chaos. C’est de cette tension entre un espace visuel épuré et un espace sonore chargé que la magie opère. Pas de réalisme donc, mais un hiatus étrange, fait de l’absence des objets et des décors mais de leur présence sonore. Comme un monde qui irait trop vite pour être saisi, comme des souvenirs qui reviennent à la surface, comme une réalité qui échappe. Et de fait, tout échappe aux personnages. Le choix d’une nationalité, la direction prise par un taxi, le désir d’ailleurs sans cesse contraint par les résistances de mondes qui ne parviennent pas à se rencontrer.
Les personnages presque manipulés par le son, témoigneront de cette incapacité à se rendre maîtres de leur destin. C’est de cette tension également que nous voulons voir se manifester la force du contraste présent dans le texte, entre la nostalgie et la comédie, le burlesque et l’effroi, la soumission et l’espoir
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