Table ronde : Architectures de l'eau et dynamiques de l’histoire matérielle, coordonnée par l'ENSA Paris-Malaquais

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) • Mercredi 20 mai, 14h00
Table ronde : Architectures de l'eau et dynamiques de l’histoire matérielle, coordonnée par l'ENSA Paris-Malaquais

Des cités antiques, Alexandrie et Paphos, jusqu’aux territoires de Mandu en Inde centrale, de l’abbaye médiévale de Saint-Denis, jusqu’à celle de Cluny, les architectures de l’eau ont marqué les paysages urbains, par l’histoire de l’approvisionnement en eau et par les interactions entre sociétés, environnement et climat. De nombreux chantiers de fouilles archéologiques ont mis en évidence les dynamiques qui révèlent des aspects de l’histoire matérielle. Ils se situent à la croisée des disciplines qui échangent sur le terrain, et qui devraient alimenter le cœur de l’archéologie, par leur point de vue architectural ou géographique. La table ronde mettra en évidence la situation de chaque terrain, des aménagements hydrauliques au fil des siècles, avec les conditions matérielles qui ont aidé les archéologues à tenter de discerner les enjeux et les défis de leur discipline. Elle ouvrira également, au sein des écoles d’architecture Paris Belleville et Paris Malaquais, une confrontation de leurs objets, de leurs recherches et de leurs projets face à l’eau, qui est un enjeu majeur contemporain. Comment les infrastructures hydrauliques ont-elles contribué, au sein de chaque ville, au développement urbain ?

1. Archéologies à Alexandrie/Paphos et à Mandu (14h)

Infrastructures hydrauliques dans les cités ptolémaïques

BALANDIER Claire - Maître de conférences HdR en histoire ancienne, Avignon Université, UMR 5189 HiSoMA
ABELLAN Cyril - Archéologue municipal de la Ville de Cavaillon, doctorant ED 537, Avignon Université, UMR 5189 HiSoMA
L’aménagement hydraulique et la gestion de l’eau à Alexandrie (Egypte) et Paphos (Chypre) ont été conçus et mis en œuvre aux périodes hellénistique et impériale. Des galeries souterraines, taillées dans la roche, avaient pour fonction de capter et stocker l’eau. Elles sont restées en usage jusqu’à la période moderne, grâce aux citernes apparues dès l’époque impériale. Les aménagements hydrauliques et les savoir-faire associés aux infrastructures ont-ils aussi été diffusés dans d’autres villes ptolémaïques, à partir de la capitale Alexandrie ?

Aménagement des paysages de l’eau en Inde centrale

CASILE Anne - Chargée de recherche à l'IRD, UMR 208 - PALOC IRD/MNHN/CNRS, Muséum National d'Histoire Naturelle
AUBRIOT Olivia - Directrice de recherche au CNRS, UMR CESAH (CNRS/EHESS)
Devenue capitale des sultans du Malwa au 15e siècle, Mandu s’est dotée en Inde centrale d’un réseau complexe d’ouvrages hydrauliques, qui structurait l’approvisionnement, l’irrigation et l’espace. Les paysages aménagés ont été transformés sur plusieurs siècles, et les dynamiques passées ont permis d’étudier la fabrique de paysages à la fois productifs, symboliques et résidentiels. Comment peut-on étudier les interactions entre sociétés, environnement et climat sur une durée de près de 1000 ans, et comment peut-on analyser la portée contemporaine de ces héritages et eu égard aux enjeux actuels de gestion de l’eau ?

2. Abbayes de Saint-Denis et Cluny (15h)

Le système hydraulique carolingien à Saint-Denis

WYSS Michaëls - Archéologue Responsable d'opération à l'Unité d'archéologie de la ville de Saint-Denis
L’archéologie a révélé deux systèmes d’amenée d’eau courante datant de l’époque carolingienne. Le plus ancien adopte la forme d’un aqueduc qui a capté l’eau d’une source situé 700 m à l’est de l’abbaye. Le conduit souterrain alimentait quatre points d’eau aménagés en bassins accessibles par des escaliers droits. Cet aqueduc est associé à une construction civile identifié au palais de Charlemagne. L’aqueduc eut une existence très brève ; encore avant 832, il fut remplacé par le Croult, un canal qui détournait l’eau d’un affluent de la Seine. De la prise d’eau à Saint-Denis, ce canal mesurait 6,4 km de long. Parvenu à l’abbaye, il permettait d’obtenir une chute d’environ 3 m, suffisante pour faire tourner la roue d’un moulin.

Du monastère à la cité abbatiale : l’hydraulique à Cluny

ROLLIER Gilles - Archéologue, Ingénieur de recherche émérite à l’Inrap.
Cluny a fait de grands progrès avec une infrastructure hydraulique exceptionnelle, dont les vestiges restent aujourd’hui vivants. Construite au 13e siècle, une digue, de 400 mètres, protège encore la ville actuelle des crues de la Grosne. Enchâssé dans la digue, le canal d’approvisionnement d’eau desservait les moulins des moines. Un canal souterrain vouté est construit sur 643 mètres, avec 93 canaux secondaires pour évacuer les eaux usées des maisons. Comment l’histoire de Cluny emprunte-t-elle aux savoirs carolingiens de Saint-Denis, et comment l’hydraulique a-t-elle permis au monastère de structurer la cité abbatiale ?

3. Enseignement et recherche dans les écoles d’architecture de Paris Belleville et Paris Malaquais (16h)

Cultures de l’eau à l’Énsa de Paris-Belleville

BERTRAND Frédéric - Maître de conférences en Ville et territoires, ENSA Paris-Belleville
GUÉVEL Solenn - Maîtresse de conférences en TPCAU, ENSA Paris -Belleville
JULLIEN Béatrice - Professeure en TPCAU, ENSA Paris-Belleville
MULLIER-PLOUZENNEC Yvon - Maître de conférences en HCA, ENSA Paris-Belleville
L’ENSA de Paris-Belleville et son unité de recherche IPRAUS ont fait de l’eau un objet d’étude dans ses rapports essentiels avec l’architecture. Les enjeux contemporains et les renouvellements épistémologiques ont conduit les générations successives d’enseignant·es chercheur·es à envisager de nouveaux angles de recherche et des modalités pédagogiques mettant en mouvement ces rapports dans la formation des architectes. Ces approches multiples, sans constituer un axe structurant du cursus, irriguent les trois cycles de la formation et la recherche dans un dialogue fécond à la convergence des savoirs disciplinaires. La cartographie critique de ces « histoires d’eaux » donne l’opportunité de saisir leurs interactions entre autonomie et complémentarité.

Pédagogie et recherche à l’école d’architecture de Paris Malaquais

ALEHASHEMI Ayda - Maîtresse de conférences associée, ENSA Paris Malaquais
GUEZ Alain - Professeur en Ville et territoires, ENSA Paris Malaquais
La chaire Architectures de l’Eau offre aux étudiants de l’ENSA Malaquais un cursus fléché en quatre étapes : une initiation à l’architecture de l’eau, un workshop de développement avec la Mairie de Paris et l’APUR, un séminaire Monde & Mutations, et enfin un studio de projet sur l’hydraulique Palerme et Cluny. La chaire met en tension la rétro-innovation, la place de la discipline en dialogue avec historiens et archéologues, l’avenir des villes face au dérégulation du climat, et la réflexion sur la représentation des temporalités et du métabolisme de l’eau.</