Les arts et l'eau - Partie 2/2

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) • Mercredi 20 mai, 13h30
Les arts et l'eau - Partie 2/2

Des oasis dans le Sahara : l’eau en représentation dans les expositions universelles au XIXe siècle

KOETZ Laurent - Enseignant-chercheur, ÉNSA Paris-Est, Université Gustave Eiffel, Association d’Histoire de l’Architecture (AHA)
L’historiographie récente a montré l’importance de la question des ressources en contexte colonial. En ce qui concerne la France et le désert saharien, la maîtrise de l’eau joue un rôle prépondérant, tant dans les politiques menées que dans l’imaginaire d’une transformation des environnements arides en oasis. La propagande à propos de l’eau va ainsi constituer l’une des facettes de l’entreprise coloniale, tout particulièrement durant le Second Empire et la Troisième République. Dans la communication proposée j’aimerais aborder les moyens visuels et spatiaux par lesquels les Expositions universelles mettent en scène le sujet de l’eau. Je souhaiterais développer une réflexion sur la capacité des dispositifs d’exposition à rendre cette ressource en quelque sorte « parlante ». Il s’agirait de dépasser l’idée selon laquelle la propagande fonctionne sur une simplification des messages en montrant qu’elle peut aussi procéder par stratification de significations, parfois contradictoires mais néanmoins extrêmement puissantes car capables de résonner avec la diversité des représentations du désert et de sa colonisation.

Du mythe au paysage : représenter l’eau pour glorifier le roi dans les médailles de Louis XIV à Louis XVI.

LE BRAZIDEC Marie-Laure - Chercheure associée aux UMR 5140 (ASM, Montpellier) et 5608 (TRACES,Toulouse), Membre titulaire de la Société française de Numismatique, Membre de la Société d’Études numismatiques et archéologiques, Membre correspondant de la Société académique de l’Aube
ROUSSET Charlotte - Docteure en histoire de l’art de l’Université de Lille, membre de l’Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHiS, UMR 8529, CNRS), Membre de la Société d’Études numismatiques et archéologiques
Qu’elle soit fleuve, rivière, source ou mer, l’eau tient une place prépondérante dans les médailles françaises de l’époque moderne. Elle symbolise en effet richesse, puissance et ouverture au monde. Elle permet aussi aux artistes de montrer leur capacité à rendre l’impression de mouvement et l’idée de vraisemblance sur un espace circulaire particulièrement réduit. Ces représentations évoluent pourtant des règnes de Louis XIV à Louis XVI. Si la mythologie est omniprésente dans les sujets maritimes traités sur les médailles du Roi Soleil, celles du règne de Louis XV offrent à voir, pour la première fois dans l’art métallique, de fertiles paysages plus vraisemblables. Cet effet d’authenticité diminuera dans les médailles du règne de Louis XVI au profit d’un retour à la mythologie. À travers plusieurs exemples, cette communication s’attachera ainsi à montrer l’évolution des représentations de l’eau sur les médailles, toujours au service de la glorification royale.

Régner sur la mer par la pierre : Les écoles navales françaises au XXe siècle

HOTTIN Christian - Conservateur en chef du patrimoine, Ministère de la Culture, Direction générale des patrimoines et de l’architecture, UMR 9022 Héritages (CYU CNRS MC), Membre du CTHS (section Anthropologie sociale, ethnologie et langues régionales), Livraisons d’histoire de l’architecture, Groupe audois de recherche et d’animation ethnographique, Société historique et archéologique de Tarn et Garonne.
Après avoir été embarquée au XIXe siècle sur plusieurs bateaux désignés du nom de « Borda », l’Ecole navale gagne la terre ferme avec la réalisation à Saint-Pierre-Quilbignon de l’imposant bâtiment conçu par Jacques Hermant, architecte de la Marine. L’édifice est inauguré en 1936 et permet à la France de rivaliser avec le Royal Naval College de Dartmouth. Endommagés en 1945, les bâtiments de Saint-Pierre reçoivent une nouvelle affectation après restauration, et une nouvelle école, inaugurée en 1965, est implantée à Lanvéoc-Poulmic. Jean-Pierre Guth, architecte des BCPN, en est le maître d’oeuvre. On tentera dans cette communication une approche comparée des deux édifices, fondée sur le choix des emplacements, la définition des programmes, le parti retenu et les oeuvres bâties. On portera attention à l’adéquation recherchée, pour chacun des projets, entre les missions assignées à la Marine nationale et les modalités de formation de ses cadres.

Construire l'espace, fabriquer son climat : les états de l’eau dans les Misérables, une hydrographie performative

ILIOU Romain - Chercheur associé, laboratoire AHTTEP, ENSA Paris-La Villette
Les états de l’eau — nuage, pluie, flaque, boue, égout, fleuve, mer — se révèlent un moteur dramatique central dans Les Misérables. Leur anthropisation, ou son absence, conditionne l’espace et la destinée des protagonistes : intrigues et péripéties ruissellent selon la pente des écoulements, des gouttières au fleuve, des égouts à la mer. Nourri des cosmographies antiques, héritier des cosmogonies bibliques et instruit du cycle de l’eau, Hugo donne aux réseaux hydrauliques une épaisseur technique, symbolique et politique, assurant connexion et circulation entre l’humble et le puissant, la campagne et la ville, la société et le climat. Cette scénographie liquide du progrès – part immanente d’une modernité eschatologique oscillant entre instauration et restauration des milieux et des hommes – permet à Hugo de prophétiser “le ménage du globe” quand l’homme qui a “action sur les climats […] sera maître de l’orage comme il est maître de l'écluse”. Il s’agit d’explorer le façonnement de l’hydrographie performative des Misérables par un imaginaire de la fabrique prométhéenne ou du rétablissement providentiel d’une Arcadie planétaire “dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé”.

Jean-Baptiste Auguste Vinchon, un peintre face aux paysages d’eau et de glace : des Alpes à la baie de Naples

LAURENS DE WARU Charlotte - Doctorante à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne (HiCSA), sous la direction de Pierre Wat
Jean-Baptiste Auguste Vinchon (1786-1855), élève de Serangeli, peintre italien venu à Paris pour rejoindre l’atelier de David, obtient le premier Prix de Rome en 1814. Pensionnaire à la Villa Médicis de 1816 à 1819, il sillonne la péninsule italienne et réalise de nombreuses études de paysages en plein air qui viennent nourrir son imagination et enrichir sa documentation visuelle. Le peintre saisit avec précision et vérité, charme et délicatesse, sa traversée des Alpes et sa découverte des rivages italiens. Ses études de glaciers, cascades, lacs et rivages traduisent sa fascination pour l’eau sous toutes ses formes et la puissance de la nature face à l’Homme. Cette communication propose de découvrir le parcours individuel de Vinchon, peintre d’histoire qui, à travers ses paysages aquatiques nous révèle une dimension méconnue de son oeuvre, à la croisée de l’expérience intime du voyage, du regard scientifique sur la nature et des enjeux esthétiques de l’époque.

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