Les Jeudis du CFLC
Présentation des formations proposées au CFLC
TERROLLION Maxence - Docteur en histoire de l’Université du Québec à Montréal, Historien consultant pour les revendications légales des Premières Nations du Québec, Membre du Centre Interuniversitaire d’Études et de Recherches Autochtones (CIÉRA).
Après le traité d’Utrecht (1713) et la conquête de l’Acadie par l’Angleterre, les territoires abénaquis sont cédés sans leur accord. Si l’historiographie récente a exploré cette « Conquête de l’Acadie », elle a rarement considéré les voies navigables comme un enjeu central. Or, les Européens envisagent d’utiliser les rivières et les portages pour le ravitaillement des postes de traite, des forts et des villages, tandis que les Abénaquis l’utilisent pour leurs pratiques traditionnelles et en défendent progressivement l’usage. En partant de la perspective autochtone, nous montrerons que ces tensions ont contribué à affirmer une souveraineté fondée sur l’accès à l’eau, la maîtrise du réseau et le contrôle des circulations. D’un espace fluvial largement accessible au début du siècle, il devient un territoire de plus en plus fermé et surveillé, tant par les empires que par des communautés qui négocient avec parcimonie la transmission de leur savoir territorial en échange de compensations.
LIVET Benoit - Doctorant en histoire contemporaine, UVSQ Paris-Saclay
Le 15 février 1913, à Besançon, le Comité de la source de la Loue voit le jour. Fondée par des élus, des acteurs du tourisme ou encore des membres de sociétés savantes, cette association se donne une mission : sauver la source d'une usine hydroélectrique qui réduit son écoulement. Assimilée à un patrimoine, cette source a été peinte par Courbet et suscite l'admiration des touristes. Un conflit d'usages prend forme. L'association mobilise l'opinion et l'affaire est discutée au parlement. Resté dans l'ombre d'une célèbre mobilisation survenue vers 1900 pour sauver une source voisine, celle du Lizon, le Comité de la source de la Loue a pourtant conservé toutes ses archives. Elles représenteront la matière principale d'une communication située au croisement de l'histoire du fait associatif et de celle de la protection de la nature. Il s'agira alors de questionner les tensions autour d'une eau considérée comme un sujet d'émerveillement par les uns, comme un réservoir de force par les autres."
DESBROSSE-TRUFFAUT Vincent - Société d'agriculture, commerce, sciences et arts de la Marne, Académie de Châlons
Situé au pied de la cuesta d’Ile-de-France, le village de Congy (Marne) possède des ressources en eau abondantes et variées : sources, rus, étangs, marais ponctuent son terroir. Les habitants se sont évertués à exploiter au mieux leurs potentiels, en créant des aménagements plus ou moins imposants ; ainsi digues, moulins, abreuvoirs, lavoirs… ont été bâtis et ont nécessité des entretiens. Ces usages variés exigent un partage de la ressource ; l’eau est donc un bien que l’on achète, que l’on échange, qui se divise. Ces partages, ces acquisitions sont parfois source de tensions au sein de la communauté villageoise, voire bien au-delà (ville de Paris). Si au XVIIIe siècle, le châtelain occupe une place centrale dans la gestion de ces aménagements, son rôle s’estompe progressivement au cours du XIXe siècle parallèlement à la montée de la puissance communale. Mais on ne dompte pas l’eau si facilement et ces équilibres fragiles peuvent être bouleversés par des évènements météorologiques.
BERTHIER Bruno - Maître de Conférences (Histoire du droit), Faculté de droit de l’Université Savoie Mont Blanc, Académie de Savoie (AS), Société d’Histoire et d’Archéologie d’Aime (SHAA), Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie (SSHA)
Dans les hautes vallées intra-alpines comme sur tous les massifs au climat sec, chiche en précipitations autres que neigeuses, l’implantation humaine a été conditionnée par l’accès à l’eau. En Haute Tarentaise l’homme a donc aménagé de haute antiquité de vastes réseaux d’irrigation gravitaire entretenus par le labeur opiniâtre de générations de montagnards avant leur désuétude actuelle imputable à un exode massif des populations doublé d’une sévère déprise agropastorale. Or les conflits d’usage de cette eau aussi indispensable à la boisson qu’à l’arrosage — de l’alpage aux labours via les prés de fauche de mi pente — ou à la fourniture de la seule force motrice longtemps disponible, ont souvent troublé la quiétude des communautés villageoises. Ce qu’illustre à l’heure de l’optimum démographique moderne la lancinante contestation judiciaire du règlement d’arrosage de la paroisse de Séez consacré en 1766 par la cour souveraine d’un Sénat de Savoie en sa qualité de gardienne des bans ruraux de son ressort.
DENIS Isabelle - Docteure en histoire, Professeur d’histoire- géographie, Chercheur indépendant, Membre de la Société Historique du 6eme arrondissement de Paris
Mayotte, département français du canal de Mozambique est ceinturée d’un récif barrière permettant l’existence d’un lagon de 1100km2. Cette première observation géographique a intéressé au plus haut point les marins du XIXe siècle, à la recherche d’un point d’appui pour leur flotte de l’océan Indien. Le calme du lagon, mais aussi les petites rivières côtières étaient les deux points forts de Mayotte en 1841. Au cours de la période coloniale, les rivières font l’objet d’une attention relative de la part de l’administration coloniale. En revanche elles sont le lieu de vie de la population : entre lessive, pêche et jeu des enfants, la rivière est un espace du quotidien. Mayotte devenue une collectivité territoriale, on la dote progressivement d’équipements : une usine de dessalement d’eau de mer, des retenues collinaires, un service des eaux puis une station d’épuration. Les années 2000-2020 marquent un tournant considérable : la population augmente avec, notamment, les flux migratoires clandestins, sans véritablement être pris en compte dans l’équipement du territoire. L’eau potable distribuée dans les maisons modernes ne semble pas promise à une disparition. Les années 2010-2020 marquent un réel changement : l’eau est une ressource précieuse manquante qu’il faut rationner. Les saisons humides sont moins pluvieuses, les retenues collinaires ne suffisent plus. La population entre alors dans un cycle de rationnement strict avec des tours d’eau par ville et village, un robinet qui ne délivre ce précieux liquide qu’à partir de minuit pour se fermer à 6 heures. Le problème devient politique, des manifestations sont organisées, des slogans crées. Fin septembre 2025, le nouveau directeur du service des eaux intervient, mal à l’aise, sur la chaîne de télévision locale, pour expliquer de manière pédagogique des travaux de longue durée, que les Mahorais n’écoutent guère, car comme l’exprime le slogan « Mayotte a soif ».
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En partenariat avec le CRR 93 Jack Ralite - Aubervilliers