Les Jeudis du CFLC
Présentation des formations proposées au CFLC
DEVRED Raphaël - Postdoctorant, Institut des Géosciences de l’Environnement (Université Grenoble Alpes), Société d’Ethnozootechnie, Ruche (Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale)
A la suite des travaux de Le Verrier à l’Observatoire de Paris, les services départementaux se dotent d’une commission météorologique à partir de 1870. Placée sous l’autorité du préfet, celle-ci vise à recueillir des séries de données météorologiques afin de suivre les aléas. Cette création de données est conditionnée par le statut de sociétés de bénévoles de ses membres collecteurs, associant des agents de l’Etat (forestiers, enseignants, chercheurs), et des volontaires recrutés chez les notables locaux. Des stations météorologiques sont établies en fonction du réseau humain. Nous souhaitons étudier comment les commissions départementales de l’Isère et des Hautes-Alpes créent leurs données sur le bassin versant du Drac, un torrent qui devient stratégique pour les villes de Gap et de Grenoble. Nous observerons en particulier comment les observateurs caractérisent la sécheresse, c’est-à-dire un déficit pluviométrique anormal et long et permettent ainsi de distinguer ce qui tient du climat (aridité) et de la météorologie (sécheresse) entre histoire des sciences et des techniques.
LASSAUNIÈRE Guillaume - Chef de service, Centre archéologique de Seclin, Ville de Seclin
L’ancien marais de Seclin se développe dans la vallée de la Deûle au sein d’un bassin versant alimenté par de nombreux cours d’eau selon un système fluvial à méandres. Ce vaste espace aux limons fertiles a attiré l’Homme depuis le second âge du Fer. L’archéologie préventive a mis en évidence ces efforts répétés pour structurer ce paysage de la cité des Ménapiens soumis aux inondations saisonnières. Malgré des dispositifs ingénieux mis au point - systèmes de déversoirs, drains planchéiés pour rabattre la nappe phréatique - ces tentatives d’aménagements étaient voués à l’échec. Si l’eau a fini par disparaître du paysage à cause d’importants travaux engagés au XIXe siècle, sa mémoire est préservée dans la labellisation de Seclin en tant que gardienne de l’eau. Ses champs captants alimentent en eau une partie de la Métropole lilloise avec pour conséquence une sanctuarisation des terres agricoles et de nouveaux défis pour la ville de demain.
BOURNAT-QUÉRAT Cécile - ATER et doctorante, Aix-Marseille Université
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le Rhône constitue un axe de circulations majeur au sein du royaume de France, de Lyon jusqu’à la Méditerranée. Situé au centre de vastes circuits économiques qui profitent aux habitants de la vallée, ce fleuve puissant apparaît cependant, à certains égards, comme un espace de la marge et du danger. En effet, en mobilisant une échelle d’analyse plus fine, au cœur des villes riveraines, il apparaît qu’elles entretiennent des relations complexes avec le Rhône, marquées par des forces contraires d’attraction et de répulsion. En Avignon par exemple, les bords du Rhône constituent des quartiers malfamés, sulfureux. Si la présence du fleuve est une condition essentielle d’implantation d’un site urbain, les hommes se méfient des risques associés au Rhône, fleuve tempétueux et indocile. Ainsi, des villes comme Lyon ou Valence se protègent du fleuve et de ses crues en dressant des murailles entre la ville et lui. L’objectif de cette communication est d’étudier les relations entre les hommes et le Rhône à partir de la notion de marge, et de montrer que le fleuve, au fil de la période, continue de tenir lieu de repoussoir et d’espace de relégation d’activités jugées nuisibles
HOERNI Caroline - Chargée de valorisation patrimoine archéologique et patrimoine culturels, Département de la Seine-Saint-Denis
LESCENE Manon - Chargée de valorisation du patrimoine archéologique
Le parc départemental de la Haute-Île est une île lovée dans une boucle de la Marne, qui se redessine au gré des cours d’eau qui l’ont successivement définie. Le parc urbain actuel, aménagé dans les années 2000, est délimité par la rivière et par le canal de Chelles. Son paysage anthropisé a repris artificiellement les creusements naturels de paléochenaux progressivement comblés, qui ont été révélés lors d’opérations archéologiques. D’abord modelé par l’action hydrographique, cet espace a ensuite été agencé par les humains. C’est là qu’a été découvert le plus ancien site structuré du territoire, une nécropole mésolithique posée sur la paléoberge. De nombreuses traces y témoignent des multiples usages qu’on en a fait (espace agricole et d’agrément, réserve de biodiversité…) et que son caractère insulaire a préservé d’une exploitation intensive. Nous proposons de présenter cette histoire au long cours (d’eau) et la manière dont est valorisé ce patrimoine unique en Seine-Saint-Denis.
DURAND Stéphane - Professeur d’Histoire moderne à Avignon Université
L’aménagement du littoral languedocien aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment sous la forme de digues et de môles, a donné lieu à la production d’une quantité très importante de documents politiques, administratifs et techniques. Il y est toujours question de bâtir des infrastructures solides, aptes à résister aux contraintes environnementales d’un rivage marin. Pourtant, assez paradoxalement, l’eau y est très peu nommée, à la différence des matériaux qu’on lui oppose. La discrétion de cet élément dans la documentation signifie évidemment quelque chose. Il s’agit à la fois d’une connaissance commune et indiscutable des fureurs marines sous la forme des tempêtes hivernales et d’une profonde méconnaissance de la mécanique des fluides. Cette communication propose ainsi de mettre en évidence un certain état des savoirs sur l’eau à partir de sources qui, souvent, ne la nomment pas.
MOULINIE Véronique - Anthropologue, Directrice de recherche, CNRS, Laboratoire Héritages (UMR9022, CY Cergy Paris Université, CNRS, Ministère de la Culture)
La maîtrise de l’eau, via les canaux d’irrigation, est, de longue date, une nécessité absolue pour les activités agricoles de la Cerdagne française. Un lien consubstantiel unit les unes et les autres. Mais, depuis une vingtaine d’années, cette dimension économique fait face à deux autres investissements. L’un est patrimonial. Les canaux sont désormais perçus comme un patrimoine bâti dont il faut préserver l’« authenticité » en les restaurant « comme à l’origine ». Deux notions d’autant plus vagues et difficiles à mettre en œuvre que ces canaux n’ont cessé d’être modifiés et réparés, selon les normes en vigueur au cours des deux derniers siècles. À cela s’ajoute le fait qu’aucune formation n’existe sur ce point, que c’est un savoir qui s’acquiert « sur le tas », « s’invente » par hybridation entre savoirs « académiques » et « savoirs oraux ». De plus, leur étanchéité toute relative a donné lieu à une végétation ripisylve, le bocage cerdan, désormais considérée comme un patrimoine naturel à préserver, lui aussi. Mais les choses se compliquent encore sous l’effet du second investissement, environnemental et écologique. Si la situation actuelle a quelque chose de nouveau, ce n’est pas quant à l’existence d’une stricte surveillance des canaux qui a toujours existé mais quant aux normes et critères de celle-ci. Doit-on les rendre parfaitement étanches (pour préserver l’eau) ou faut-il conserver leur porosité qui favorise la biodiversité, via le bocage cerdan ? Doit-on curer ces canaux pour améliorer leur rendement ou faut-il les laisser « vivre leur vie » sans y toucher, ce qui les condamne, à terme, à ne plus couler ? C’est à démêler cet écheveau d’impératifs, parfois contradictoires, que s’attachera la communication de Véronique Moulinié.
Présentation des formations proposées au CFLC
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En partenariat avec le CRR 93 Jack Ralite - Aubervilliers