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De natura rerum est heureux d’accueillir la comédienne Anne Brissier, qui nous a proposé de donner à entendre deux épisodes des Métamorphoses d’Ovide (le mythe de Phaéton, Écho et Narcisse) dans la belle traduction de Marie Cosnay.
Dans la nouvelle traduction de Marie Cosnay, parue aux éditions de l’Ogre en 2016, Les Métamorphoses d’Ovide sont un immense poème éminemment politique et érotique qui ne cesse de nous surprendre et de nous interroger, un poème brûlant. Sa faconde poétique, la beauté de son verbe, l’actualité de ses sujets imposent que l’on aille au-delà de la lecture silencieuse et individuelle pour en restituer sous la forme de l’assemblée et du théâtre, à haute voix, le sens et la musique. Il s’agit de faire du livre des Métamorphoses de la matière vivante à mettre et vivre en partage.
Le poème n’est plus seulement confié aux spectateurs pour la seule histoire racontée et la forme que le poète a voulu choisir, mais il est d’emblée posé comme geste réflexif, comme « lieu » de questionnement de ce que la rencontre de l’autre fait de soi (id est le principe des Métamorphoses), et de ce que la poésie fait à la langue, de ce que l’audition d’un texte fait aux gens.
J’ai découvert ce poème il y a cinq ans, tandis que le festival « VO-VF – la parole aux traducteurs » m’avait engagée pour lire des extraits de textes dits classiques dans leur retraduction (Dante, Virgile, Orwell, Calvino…). J’ai été saisie par la force joyeuse, la fluidité et la vibrante sensibilité de la traduction de Marie Cosnay.
Anne Brissier
Les deux épisodes choisis pour cette rencontre nous parlent des mythes, du passé mais aussi d’aujourd’hui et de notre présent insensé : tandis que les femmes se changent en arbres, que la terre brûle, la folie des hommes, leur démesure, ont conduit à une catastropheque la mère nature et le poème s’efforcent hier et aujourd’hui de réparer.
Comme une histoire contée, faite d’images sublimes et de tournures stylistiques magnifiques et édifiantes, ces Métamorphoses de femmes ou d’hommes en arbres ou en étoiles – chacun se métamorphosant au fond en ce qu’il est déjà, en ce dont il est déjà le signe (deviens ce que tu es !) – font tout autant voyager, réfléchir et rêver les petits et les grands.
C’est précisément la rencontre, et le passage à l’autre pour que soi existe, que nous enseigne encore aujourd’hui Ovide, par la grâce d’un magnifique poème, aux antipodes de la tentation du repli identitaire sur soi et de ses monstres.
Notre volonté ultérieure de faire entendre les traductions italiennes et françaises du poème d’Ovide (celles excellentes de Ludovica Koch et Marie Cosnay) vient de l’envie que nous avons de donner à apprécier et à saisir le poème et la traduction comme un chemin entre les langues.
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