" Paradjanov inouÏ " de Zoé Parisot

Arles (Bouches-du-Rhône) • 3 juillet - 1 août 2017
" Paradjanov inouÏ " de Zoé Parisot

L'Archa des Carmes invite Zoé P., pour le Off des Rencontres de la Photographie d'Arles * du 3 au 9 juillet de 10h à 20h et du 10 au 30 juillet de 10h30 à 12h30 et de 15h30 à 19h30 : projection en continu du film Paradjanov inou_ï de Zoé P., photographies, livre d'artiste. Paradjanov inouï est inspiré de Sayat Nova (La couleur de la grenade) Avec Jena Nersessian (auteur compositeur interprète), Anouch Kechmanian (danseuse au sein de la troupe Araxe-Sassoun)_ Vêtements : Florence Bonnet : bijoux contemporains & accessoires : Marie-José Morato ; costumes : Association Jeunesse Arménienne de France. Durée :31 mn 27 « Il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur, telle une miniature, une plastique, une dynamique interne » Sergueï Paradjanov (1924-1990). Œuvre de parti pris esthétique, Paradjanov Inouï de Zoé Parisot, est avant tout une confrontation subjective de la poésie photographique avec une recherche « rêvée » de la vérité par l’art, un album mécanique d’images … une digression fervente en hommage à un très grand cinéaste, Sergueï Paradjanov qui a réalisé des chefs-d’œuvre cinématographiques au XXe siècle et en particulier Sayat-Nova (La couleur de la grenade) en 1968 (*). Pour preuve, tous ces premiers visuels où s’installe, sur la musique envoûtante des « Méditations » de Charles Mingus, une véritable composition picturale en procession photographiques convoquant décors et motifs incrustés, espaces peints, voiles et rideaux. De ces tableaux « intérieurs » déroulants, surgissent à la vie statique et extatique, deux jeunes femmes qui, chacune à leur manière, témoigne de la représentation d’un monde dont la recherche de la beauté serait la condition. Comment ne pas retrouver dans cette mise en scène muette au travers de la succession de tableaux, défilants, entrecoupés de couleurs (comme des cartons) ou chevauchés parfois dans le cadre, les fresques d’un art primitif ? L’origine et l’avenir du cinéma ne sont-ils pas muets ? Les couleurs, les visages, les corps, les postures, la lumière, les bijoux, les costumes, les envolées musicales parfois survoltées, renforcent tout l’artifice de la création dans un univers baroque. La technique des à plats épouse la symbolique des objets présentés. Car l’artifice contribue sans cesse à souligner les oppositions dans l’espace, entre le cadre et la profondeur de champ, que les êtres ranimés soient placés tels des motifs dans la nature d’une côte sauvage ou dans des pièces somptueuses d’un mystérieux monastère. Cette véritable mise à plat de deux jeunes messagères en costume traditionnel aux bras ouverts et aux paumes offertes, évoquant les représentations des saintes sur les hauts reliefs médiévaux, reprend ainsi le message de paix et de fraternité que lançait le poète Sayat-Nova, écrivant ses œuvres dans les trois langues (arménien, géorgien, azéri). L’allégorie est renforcée par la symbolique de leurs beaux atours. Tout ce « beau langage tisserand » renvoie indéniablement à la persistance de la poésie, à sa métrique et son alchimie. Ainsi, « La couleur de la grenade », ce rouge qui va du foncé au rose clair, peut désormais emplir comme une offrande toute la seconde partie de cette ode visuelle dédiée à Sergueï Paradjanov. Car le cœur de la création éclate à la moindre pression. En ce sens toute création est bien pareille à ce fruit aux graines juteuses, issu d’un arbre cultivé depuis des siècles en un vaste domaine, que l’immense cinéaste, ce « Paradjanov inouï » a célébré. « Mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué » disait Blaise Pascal. Finalement, le pari de Zoé Parisot, celui que seul l’art nous permet de voir le monde en touchant une vérité artistique fût-elle celle de l’autre, nous embarque absolument. _ Anita Lindskog_ (*) « Sayat Nova » est un film en huit chapitres évoquant la vie et la mort du poète arménien du XVIIIème siècle. Zoé Parisot évoque son travail ainsi : « Jena Nersessian et Anouch Kechmanian m’ont évoqué le monde de Paradjanov. Leur amitié et talent m’ont permis d’imaginer ce voyage parti du film Sayat Nova. Les vêtements réalisés par Florence Bonnet, et les bijoux contemporains de Marie-José Morato se sont mêlés aux costumes de l’Association Jeunesse Arménienne de France. En toute évidence ,la magie a débuté en remontant le fil d’une rivière ».

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